Une note du Trésor publiée le 5 novembre recommande de planifier la fermeture du réseau de distribution de gaz par quartiers ou communes. Rien n’est décidé, mais la part réseau de votre facture monte déjà, et pourrait doubler d’ici 2050.
Dans une note publiée le 5 novembre 2026, la Direction générale du Trésor, qui conseille le ministère de l’Économie, recommande d’organiser la sortie du gaz « par grappes géographiques cohérentes », c’est-à-dire quartier par quartier ou commune par commune. Le modèle cité est celui du réseau téléphonique en cuivre, dont l’extinction est organisée par lots de communes au fur et à mesure que la fibre arrive.
Aucune fermeture de réseau n’est annoncée à ce stade. Il s’agit d’une note d’analyse, qui précise elle-même ne pas refléter nécessairement la position du ministère : ce n’est ni une loi ni un calendrier. Mais elle décrit un mécanisme simple : moins il y a d’abonnés, plus chacun paie cher le réseau. Et ce sont les ménages qui ne peuvent pas financer un autre chauffage qui risquent d’en supporter le plus.
Réseau de gaz : pourquoi le Trésor veut organiser sa fermeture
Les réseaux de distribution de gaz, ceux qui arrivent jusqu’aux logements, font plus de 200 000 km et desservent environ 11 millions de consommateurs, particuliers et professionnels, majoritairement par GRDF. Leur coût est surtout fixe : les investissements et environ 40 % des frais d’exploitation ne bougent pas, que le gaz circule beaucoup ou peu. Or la consommation résidentielle acheminée par GRDF a déjà reculé d’environ 30 % entre 2018 et 2026, selon la note.
Le Trésor parle d’un « effet ciseaux ». Le coût fixe se répartit sur de moins en moins de clients, le tarif monte, ce qui pousse ceux qui le peuvent à partir à leur tour. Les derniers raccordés risquent d’être les foyers les plus modestes, qui n’ont pas les moyens de changer de chauffage.
Ce que la fermeture par quartier changerait concrètement
La note propose de repérer, territoire par territoire, les zones où une alternative existe déjà (pompe à chaleur, réseau de chaleur) et où l’on peut éviter de nouveaux investissements, et celles où le gaz doit rester faute de solution abordable, en tenant compte aussi des sites de production de biométhane. Toutes les communes raccordées ne sont donc pas candidates. Les 109 territoires d’électrification retenus par le gouvernement peuvent notamment servir à identifier des zones propices à une sortie du gaz. Y habiter ne veut pas dire que votre logement sera débranché prochainement.
Pour aller plus loin, il faudrait changer les règles : aujourd’hui, le cadre oblige encore à raccorder, étendre et renouveler le réseau, et ne prévoit pas vraiment sa fermeture commerciale ni le retrait des conduites. La note évoque aussi un amortissement accéléré des réseaux et, en dernier recours, une indemnisation des équipements privés devenus inutiles, comme à Zurich. Rien n’est décidé.
Votre chaudière au gaz : ce qui change déjà sur la facture
Le réseau, vous le payez dans le tarif d’acheminement, une partie de votre facture qui ne dépend pas du prix du gaz lui-même. Ce tarif a augmenté de 27,5 % au 1er juillet 2024, puis de 6,1 % en 2025 et de 5,9 % en 2026, rappelle le Trésor. Pour la suite, la Commission de régulation de l’énergie a chiffré plusieurs scénarios : pour un client raccordé en distribution, la hausse irait de 0,2 % à 3,5 % par an au-delà de l’inflation, soit plus d’un doublement de cette part réseau d’ici 2050 dans le scénario le plus défavorable. Ce sont des scénarios, pas des hausses votées.
Faut-il remplacer sa chaudière dès maintenant ? Non. Une chaudière qui fonctionne et qui est entretenue n’a aucune raison d’être remplacée à cause de cette note. Mais si vous devez la changer dans les prochaines années, la question mérite d’être posée sérieusement : le Trésor rappelle qu’une chaudière fossile dure plus de vingt ans, ce qui mène celle posée aujourd’hui jusqu’au milieu des années 2040.
Fin du gaz : ce qu’on sait, ce qui reste flou
Ce qui est établi : le gaz recule dans les logements et le coût du réseau pèse de plus en plus sur chaque abonné. Ce qui ne l’est pas : la liste des quartiers ou des communes, le calendrier et le financement des fermetures. Aucune indemnisation générale des chaudières n’est prévue à ce stade. Pour le cuivre, rappelle d’ailleurs la note, aucune commune n’est coupée tant que la fibre n’y est pas entièrement déployée.
Côté aides, le gouvernement a annoncé le 15 octobre une prime « sortie du gaz » pouvant atteindre 1 000 € par logement, réservée aux particuliers des zones de sortie du gaz de ces 109 territoires, d’ici mars 2027, une fois ces zones déterminées. MaPrimeRénov’ est déjà fermée aux rénovations d’ampleur de maisons individuelles qui gardent un chauffage au gaz. Avant de changer de chaudière, renseignez-vous auprès de votre collectivité et d’un conseiller France Rénov’. Enfin, le calendrier de la bascule vers la pompe à chaleur donne les grandes étapes déjà connues.
Sources : Direction générale du Trésor, Trésor-Éco n° 410, novembre 2026 ; ministère de l’Économie, seconde phase du plan d’électrification.