Après la mort d’une Italienne dont la famille soupçonne une morsure, l’araignée violoniste inquiète. Elle vit bien dans le sud de la France, cachée derrière les meubles ou dans les caves, mais ses morsures graves restent rares. Voici comment réagir.
Sabrina Gigliotti, une habitante d’Ostie, près de Rome, est morte le 25 octobre 2026 à l’hôpital San Camillo. Sa famille relie le décès à une plaie apparue à la mi-septembre sur la cuisse et pense à une morsure d’araignée violoniste. Le parquet de Rome a ouvert une enquête pour homicide involontaire contre X après la plainte des proches, qui reprochent des retards de prise en charge, et une autopsie a été ordonnée. À ce stade, rien n’établit que l’araignée soit en cause.
Cette affaire remet en lumière une araignée déjà présente en France. Vit-elle chez nous, et faut-il s’en inquiéter en rangeant le garage ? Oui, elle est présente dans le Sud. Non, les morsures graves ne sont pas fréquentes.
L’araignée violoniste est bien présente en France, surtout au bord de la Méditerranée
Son nom savant est Loxosceles rufescens. Pour le centre antipoison de Marseille, rattaché à l’AP-HM, c’est une araignée locale, et le pourtour méditerranéen est sa zone d’endémie. Son envenimation, le loxoscélisme, peut aller jusqu’à une nécrose de la peau et n’a rien de nouveau. Le centre rappelle sinon que les araignées ne sont pas un problème de santé publique, contrairement aux scorpions ou aux serpents.
Une étude française permet de mesurer la rareté des cas signalés. Publiée en 2022 dans Medical and Veterinary Entomology par Gaël Le Roux et ses collègues, elle a passé en revue 1 194 morsures d’araignées signalées aux centres antipoison de métropole entre 2007 et 2018. Le genre Loxosceles n’a été mis en cause que dans 53 dossiers, soit 4,4 %. Et toutes araignées confondues, la morsure n’était considérée comme certaine que dans 242 cas, soit 20 %.
L’étude souligne aussi la difficulté d’identifier les espèces : dans un tiers des cas, l’araignée désignée n’était pas connue pour vivre dans la région de la morsure. Ces chiffres ne comptent que les appels aux centres antipoison, pas toutes les morsures. Mais une morsure signalée n’est pas une morsure prouvée.
Où se cache l’araignée violoniste dans la maison
C’est une araignée nocturne, qui ne tisse qu’une toile discrète. Le jour, elle reste dans les fissures, derrière les meubles ou sous les plinthes, selon la fiche des services de santé de la région italienne du Frioul-Vénétie Julienne. Elle apprécie effectivement les caves, les celliers et les réserves de bois.
Comme la plupart des araignées, elle n’est pas agressive : les morsures surviennent surtout par accident, quand on pose la main dessus, rappelle l’AP-HM.
D’où quelques gestes de bon sens. Secouez les vêtements et les chaussures restés longtemps rangés avant de les enfiler. Pour vider une cave, un grenier ou la réserve de bois, mettez des gants et des manches longues, les mêmes réflexes que contre les tiques au jardin. Passez l’aspirateur derrière les meubles et le long des plinthes. Les moustiquaires limitent aussi son entrée, comme celle des moustiques qui passent par les fenêtres.
Pour en savoir plus, lire : Frelon asiatique : que faire si vous trouvez un nid ?
Comment reconnaître l’araignée violoniste sans se tromper
Elle n’a rien de spectaculaire : un corps jaune-brun de 7 à 9 mm, de longues pattes, au plus 4 cm pattes comprises. La tache en forme de violon, sur l’avant du corps (le céphalothorax), lui donne son nom, mais elle n’est pas toujours bien visible. Et beaucoup d’araignées brunes de nos maisons lui ressemblent de loin.
Les toxicologues du centre antipoison de Pavie, cités par Quotidiano Nazionale, sont clairs : on ne peut parler de morsure d’araignée violoniste que si l’on a vu l’araignée mordre et qu’un arachnologue l’a ensuite identifiée. Autant dire qu’une photo floue partagée sur les réseaux sociaux ne prouve rien. Si vous avez pu récupérer l’araignée sans danger, même morte, gardez-la dans un récipient fermé pour l’identification. Sinon, ne tentez pas de la capturer.
Morsure d’araignée : quand consulter ou appeler le centre antipoison
Le plus souvent, la morsure passe inaperçue : une légère rougeur, des démangeaisons, parfois deux petits trous. Premier réflexe : lavez à l’eau et au savon, désinfectez, puis surveillez. Vérifiez que votre vaccin contre le tétanos est à jour, conseillent les toxicologues de Pavie. Pour l’AP-HM, la réaction de la peau est en général bénigne et disparaît en quelques jours.
Quand faut-il s’inquiéter ? Si la rougeur ne disparaît pas en quelques jours, appelez un centre antipoison, joignable 24 h/24 (Marseille : 04 91 75 25 25, Paris : 01 40 05 48 48, les autres sur centres-antipoison.net). Si la rougeur s’étend, si la douleur augmente ou si de la fièvre apparaît, contactez sans attendre un médecin ou un centre antipoison. Une plaie rouge au centre plus sombre impose de voir rapidement un médecin. Une nécrose ou une réaction qui touche tout l’organisme justifient les urgences. Si la personne ne respire plus ou a perdu connaissance, appelez le 15. Ces formes restent rares.
Sources : Quotidiano Nazionale ; AP-HM, centre antipoison de Marseille.