Tuiles envolées, clôture couchée, arbre sur la voiture ou congélateur décongelé : après la tempête Austen, le délai pour prévenir votre assureur est court. Délais, photos, garanties : ce qu’il faut faire, et dans quel ordre.
La tempête Austen a frappé l’ouest et le nord de la France entre le jeudi 22 et le vendredi 23 octobre 2026. Météo-France a notamment relevé une rafale de 135 km/h à Saint-Cast-le-Guildo (Côtes-d’Armor) et, selon le bilan d’Enedis de vendredi midi, 288 600 foyers étaient alors privés d’électricité. Le bilan par région est dans notre article sur la tempête Austen du 23 octobre, et les précautions à prendre avant les rafales dans nos 7 gestes pour protéger sa maison.
Pour les dégâts causés par le vent, ce n’est pas le régime de catastrophe naturelle qui joue, mais la garantie tempête de votre assurance habitation. Elle s’applique sans attendre d’arrêté, mais avec un délai de déclaration court.
- Délai : au moins 5 jours ouvrés après avoir constaté les dégâts, ou plus si votre contrat le prévoit.
- Preuves : photos et vidéos avant de ranger, objets abîmés conservés, factures.
- Urgences : protéger le logement (bâche, fenêtre obturée) est permis et attendu ; les réparations définitives attendent, sauf danger, l’accord de l’assureur.
- Coupure de courant de plus de 5 heures : forfait Enedis reporté automatiquement sur la facture, sans démarche.
Le délai : 5 jours ouvrés au minimum, à vérifier dans votre contrat
Le Code des assurances (article L113-2) impose de prévenir l’assureur dans le délai fixé par le contrat, qui ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés à partir du moment où vous avez connaissance du sinistre. Pour des dégâts constatés le vendredi 23 octobre, ce minimum mène au vendredi 30 octobre. Votre contrat peut être plus généreux, jamais moins : le délai exact figure dans les conditions générales, à la rubrique consacrée aux sinistres. N’attendez pas pour autant la date limite.
Une déclaration tardive n’entraîne pas automatiquement la perte de l’indemnisation : l’assureur ne peut l’opposer que si le contrat le prévoit et s’il démontre que le retard lui a causé un préjudice. Elle ne peut pas non plus vous être reprochée si le retard est dû à un cas fortuit ou de force majeure, par exemple si la tempête vous a privé de tout moyen de communication.
Déclarez le sinistre dès que possible par l’un des moyens acceptés par votre assureur (téléphone, application, espace client, courrier), sans attendre d’avoir réuni toutes les factures ou obtenu les devis. Indiquez votre numéro de contrat, la date présumée des dégâts et leur description, puis complétez le dossier au fur et à mesure. Gardez une preuve datée de votre déclaration et son numéro de dossier.
Avant de ranger : photos, vidéos et justificatifs
C’est l’étape qui pèse le plus dans l’indemnisation. Avant tout nettoyage, photographiez et filmez chaque dégât, d’abord en plan large pour situer la pièce ou la façade, puis en gros plan. Pour la toiture, contentez-vous de ce qui se voit depuis le sol ou depuis une fenêtre : ne montez jamais sur un toit après une tempête.
- Conservez les objets endommagés (meubles, appareils, débris de tuiles ou de clôture) jusqu’au passage de l’expert, ou au moins jusqu’à l’accord de l’assureur pour les jeter.
- Rassemblez les factures d’achat, bons de garantie, devis récents ou anciennes photos qui prouvent l’existence et l’état des biens.
- Notez la date et l’heure où vous avez constaté chaque dégât, et les témoins éventuels (voisins touchés).
- Selon le contrat, l’assureur peut demander des éléments sur l’intensité du vent dans votre secteur. Demandez-lui d’abord s’il dispose déjà des relevés météo avant d’acheter une attestation d’intempéries.
Les mesures d’urgence sont permises, les travaux définitifs attendent
Vous devez limiter l’aggravation des dégâts : faire bâcher une toiture découverte, obturer une fenêtre brisée, couper l’eau ou l’électricité d’une pièce inondée. Le remboursement de ces mesures conservatoires dépend des garanties du contrat : conservez les factures et, si possible, prévenez l’assureur avant une dépense importante. Sauf urgence de sécurité, n’engagez pas de réparation définitive (réfection de toiture, remplacement d’une clôture) avant son accord, surtout si une expertise est prévue. Si une intervention ne peut pas attendre, photographiez les dommages avant les travaux, gardez si possible les éléments remplacés et tous les justificatifs.
Si votre logement est devenu inhabitable, appelez tout de suite le service d’assistance de votre assurance, sans attendre l’expert : selon le contrat, il peut organiser un hébergement provisoire ou prendre en charge des frais de relogement.
Méfiez-vous des démarcheurs qui sonnent après une tempête en proposant de réparer le toit immédiatement contre un acompte : passez par un artisan que vous contactez vous-même, et demandez un devis écrit. Si un arbre ou une branche repose sur une ligne électrique, n’y touchez pas et appelez le dépannage Enedis au 09 726 750 suivi du numéro de votre département.
Garantie tempête ou catastrophe naturelle : ce qui change pour vous
Les contrats qui couvrent l’incendie ou d’autres dommages aux biens, comme l’assurance multirisque habitation, incluent obligatoirement une garantie contre les effets du vent dus aux tempêtes (article L122-7 du Code des assurances). Elle joue dès le sinistre, sans arrêté. Ses critères varient selon les contrats : certains retiennent des rafales d’au moins 100 km/h relevées dans le secteur, ou des dommages comparables sur des bâtiments de bonne construction dans le voisinage. Vérifiez ceux de votre garantie.
Le régime de catastrophe naturelle, lui, ne couvre le vent qu’en cas d’événement cyclonique dont les vents atteignent ou dépassent 145 km/h en moyenne sur dix minutes, ou 215 km/h en rafales. Les rafales d’Austen sont restées bien en dessous. Il peut en revanche concerner une inondation ou une submersion marine liée à l’épisode, si la commune obtient un arrêté publié au Journal officiel. Même dans ce cas, déclarez vos dégâts sans attendre l’arrêté.
| Garantie tempête | Catastrophe naturelle | |
|---|---|---|
| Déclencheur | Le contrat, sans arrêté | Arrêté interministériel publié au Journal officiel |
| Vent concerné | Tempête selon les critères du contrat (souvent 100 km/h) | Événement cyclonique seulement (vent moyen d’au moins 145 km/h ou rafales d’au moins 215 km/h) |
| Délai de déclaration | Au moins 5 jours ouvrés après la découverte des dégâts | 30 jours au plus tard après la publication de l’arrêté (10 jours avant 2023) |
| Franchise | Celle du contrat | 380 € pour une habitation (1 520 € pour la sécheresse) |
| Délai d’indemnisation | Selon le contrat | Provision sous 2 mois et indemnisation sous 3 mois, à compter de la remise de l’état estimatif des dommages (ou de la publication de l’arrêté si elle est postérieure) |
Ce qui est généralement couvert, et ce qui ne l’est pas
La garantie tempête couvre d’abord le bâtiment : tuiles et ardoises arrachées, cheminée, façade, fenêtres et portes, dégâts d’un arbre tombé sur la maison. Elle couvre aussi en général les dégâts de la pluie entrée par une ouverture créée par le vent, à condition qu’ils surviennent dans un court délai (souvent 48 ou 72 heures selon les contrats), ainsi que le mobilier intérieur abîmé. Selon le contrat, les frais de déblaiement ou de relogement peuvent s’y ajouter.
Le reste dépend beaucoup des conditions générales et des biens déclarés :
- Clôtures, portails, murets : couverts dans certains contrats, parfois seulement s’ils sont mentionnés ou en option.
- Véranda, abri de jardin, serre, pergola, panneaux solaires : la couverture dépend de leur nature, de leur installation et de ce qui a été déclaré ; certains sont inclus, d’autres exigent une garantie ou une déclaration spécifique.
- Volets, stores, antennes : certains contrats ne les couvrent que si le bâtiment lui-même a été endommagé.
- Arbres et plantations, mobilier de jardin, trampoline ou parasol laissés dehors : en général exclus.
- Vitres cassées : relèvent souvent de la garantie bris de glace.
- Voiture abîmée par une branche : c’est l’assurance auto qui joue, à condition d’avoir une garantie événements climatiques ou une formule tous risques ; une assurance au tiers simple ne couvre pas ces dégâts.
L’indemnisation tient compte de la franchise et, dans la plupart des contrats, d’un coefficient de vétusté : un bien ancien n’est pas remboursé au prix du neuf, sauf option valeur à neuf. Le mécanisme est le même que pour les dégâts de grêle, détaillés dans notre article sur la grêle, la clim et les panneaux solaires.
Locataire, copropriété, arbre du voisin : qui déclare ?
- Locataire : déclarez à votre assureur les dégâts à vos biens et à votre logement, et prévenez le propriétaire par écrit ; les dommages au bâtiment relèvent aussi de son assurance.
- Copropriété : les dégâts aux parties communes (toiture, façade, portail de la résidence) sont déclarés par le syndic ; prévenez-le rapidement. Les dégâts à l’intérieur de votre lot passent par votre propre assureur.
- Arbre du voisin tombé chez vous : déclarez les dommages à votre assureur. La responsabilité du voisin dépend des circonstances : un vent d’une force exceptionnelle (force majeure) peut l’écarter, un défaut d’entretien connu peut l’engager. Les assureurs examinent ensuite les recours entre eux.
Coupure de courant : forfait Enedis, congélateur et appareils grillés
Lorsqu’une coupure imputable au réseau public géré par Enedis dépasse 5 heures consécutives, un dédommagement forfaitaire est prévu, y compris lors d’intempéries : 2 € HT par kVA de puissance souscrite et par tranche de 5 heures, soit 12 € HT par tranche pour un abonnement de 6 kVA, dans la limite de 40 tranches. Enedis le verse automatiquement à votre fournisseur, qui le reporte sur une facture : aucune démarche n’est nécessaire.
Ce forfait ne couvre ni les aliments perdus ni les appareils endommagés. La perte des denrées après une coupure prolongée peut être couverte par l’assurance habitation, souvent au titre d’une garantie spécifique : vérifiez votre contrat, photographiez les aliments et dressez une liste estimative avant de jeter ce qui n’est plus consommable. Ne gardez pas des aliments avariés pour l’expert. Pour limiter les pertes pendant une coupure, suivez nos conseils pour le congélateur.
Si un appareil tombe en panne au retour du courant, faites établir un diagnostic sur l’origine de la panne et déclarez-la à votre assureur au titre de la garantie dommages électriques, si vous l’avez souscrite. Si la panne vient d’un incident sur le réseau public, comme une surtension ou une rupture de neutre, une réclamation auprès d’Enedis est aussi possible. Les surtensions et leurs effets sont expliqués dans notre article sur les microcoupures d’électricité.
Après la déclaration : expert, indemnisation et recours
Pour des dommages importants, l’assureur mandate un expert. Soyez présent lors de sa visite, montrez-lui photos, objets conservés et factures, et faites-lui constater les mesures d’urgence prises. Si son évaluation vous paraît trop basse, vous pouvez faire appel à votre propre expert ; ses honoraires restent à votre charge, sauf si votre contrat comprend une garantie honoraires d’expert.
En garantie tempête, le délai de versement est fixé par le contrat. En cas de désaccord, contactez d’abord votre interlocuteur habituel, puis adressez une réclamation écrite à l’assureur. Vous pouvez saisir gratuitement la Médiation de l’assurance à l’issue de cette réclamation et, dans tous les cas, deux mois après votre première réclamation écrite, même si l’assureur a répondu ; la saisine doit intervenir dans l’année qui suit cette réclamation.
Les actions liées à un contrat d’assurance se prescrivent en principe par deux ans (article L114-1 du Code des assurances). Ce délai peut être interrompu, notamment par la désignation d’un expert ou par l’envoi d’un recommandé avec accusé de réception à l’assureur concernant le règlement de l’indemnité (article L114-2).
Pour les prochains épisodes de vent, de pluie ou de froid qui concernent la maison, retrouvez notre dossier Météo.
Sources : MoneyVox (26 février 2026) ; Hellowatt (indemnité Enedis, 15 janvier 2026).