Invisible et sans odeur, le monoxyde de carbone intoxique environ 3 000 personnes chaque année en France. Le détecteur n'est pas obligatoire, contrairement au détecteur de fumée, et ne remplace pas l'entretien des appareils. Norme, emplacement, prix et réflexes en cas d'alarme : nos repères.
Avec le retour du froid, chaudières, poêles et cheminées reprennent du service. Le risque d’intoxication au monoxyde de carbone (CO) revient avec eux. Selon les autorités sanitaires, environ 3 000 personnes sont intoxiquées accidentellement chaque année en France, et une centaine en meurent.
Ce gaz est invisible, inodore et non irritant. Personne ne peut le repérer sans appareil. Un détecteur de CO ne remplace pas l’entretien des installations. Il peut donner l’alerte lorsqu’une concentration et une durée d’exposition atteignent les critères de déclenchement prévus. Des symptômes doivent conduire à agir même si le détecteur ne sonne pas.
D’où vient le monoxyde de carbone dans un logement ?
Le CO se forme lors d’une mauvaise combustion. Les autorités sanitaires citent les appareils raccordés à un conduit mal entretenus ou mal réglés (chaudière, chauffe-eau, poêle, cheminée), les appareils mobiles mal utilisés (chauffage d’appoint à combustion, brasero, barbecue, groupe électrogène, pompe à moteur thermique) et les voitures laissées en marche dans un garage fermé. Tous les combustibles sont concernés : gaz, bois, charbon, fioul, butane, propane, essence ou pétrole.
Les premiers signes sont banals : maux de tête, grande fatigue, nausées, vomissements, vertiges. Ils doivent alerter quand ils apparaissent près d’un appareil à combustion et touchent plusieurs personnes ou animaux en même temps.
Pas obligatoire, contrairement au détecteur de fumée
Depuis le 8 mars 2015, tout logement doit être équipé d’au moins un détecteur de fumée. Rien de tel pour le monoxyde de carbone : aucun texte n’impose aujourd’hui un détecteur de CO chez les particuliers. Une proposition de loi visant à le rendre obligatoire dans les logements a été déposée à l’Assemblée nationale le 19 novembre 2024, puis renvoyée en commission. Le Sénat signale aussi le dépôt, le 12 octobre 2026, d’une proposition relative à la prévention des risques d’intoxication au monoxyde de carbone. Le dépôt d’un texte ne crée pas d’obligation applicable aux logements.
Les deux appareils ne se remplacent pas. Un détecteur de fumée repère les particules d’un incendie, un détecteur de CO mesure la concentration d’un gaz. Certains fabricants vendent des modèles combinés, mais un détecteur de fumée seul ne protège pas d’une intoxication.
Quelle norme vérifier avant d’acheter ?
Pour un logement, la référence est la norme européenne EN 50291-1, qui fixe les performances des détecteurs de CO domestiques. La norme EN 50291-2 s’y ajoute pour les caravanes, camping-cars et bateaux. L’emballage doit porter le marquage CE et la référence à la norme. Le capteur s’use : la notice indique quand changer l’appareil, au bout de dix ans pour les deux Kidde et le Netatmo cités plus bas.
Un détecteur conforme ne sonne pas au premier ppm (partie par million). Pour éviter les fausses alertes, la norme EN 50291-1 fixe des délais qui raccourcissent quand la concentration monte, tels que les reproduit par exemple le fabricant ABUS dans sa notice : pas d’alarme avant 120 minutes à 30 ppm, une alarme entre 60 et 90 minutes à 50 ppm, entre 10 et 40 minutes à 100 ppm et en moins de 3 minutes à 300 ppm. L’appareil réagit donc à une concentration maintenue pendant un certain temps, pas à la moindre trace de gaz.
Où installer un détecteur de monoxyde de carbone ?
Dans son guide fondé sur la norme EN 50292:2023, le fabricant FireAngel recommande d’équiper en priorité chaque pièce où se trouve un appareil à combustion, puis les pièces où l’on passe le plus de temps, les chambres et les pièces traversées par un conduit de fumée. Si la chaudière est dans un local peu fréquenté, comme une chaufferie, le détecteur doit être relié à d’autres alarmes pour être entendu dans tout le logement.
Dans la pièce de l’appareil à combustion, ce guide conseille :
- une distance horizontale de 1 à 3 mètres avec l’appareil ;
- au plafond, au moins 30 cm de tout mur ou luminaire ;
- au mur, entre 15 et 30 cm sous le plafond, et au moins 30 cm de tout autre mur ;
- au-dessus des portes et des fenêtres, hors du souffle des bouches de ventilation et des climatiseurs.
Dans une chambre ou un séjour sans appareil à combustion, le détecteur se fixe au mur, à hauteur de respiration des occupants. Il faut éviter les placards, l’arrière d’un rideau, le dessus d’un évier, les abords d’une porte, d’une fenêtre ou d’une hotte, les pièces humides et la proximité immédiate de la cuisinière. Ces repères ne remplacent pas la notice de l’appareil choisi : en cas de contradiction, interrogez le fabricant avant de le fixer.
Autonome ou connecté : de 33 à 100 euros
Un détecteur autonome se contente d’une sirène. Le Kidde 7DCO, vendu 32,90 € chez Castorama, affiche la concentration de CO sur un écran et fonctionne avec deux piles AA fournies. Kidde le dit certifié EN 50291-1 et EN 50291-2. Son cousin, le Kidde K10LLDCO, vendu 43,90 €, intègre une pile lithium scellée prévue pour les dix ans de vie du détecteur.
Un détecteur connecté envoie en plus une notification sur le smartphone. C’est utile pour une résidence secondaire ou pour veiller sur un parent âgé qui vit seul. Le Détecteur de Monoxyde de Carbone Intelligent de Netatmo coûte 99,99 € sur le site de la marque, avec une alarme de 85 dB et une batterie annoncée pour dix ans. Ces alertes passent par le Wi-Fi : si la box est coupée, seule la sirène prévient les occupants.
Pour un modèle connecté, vérifiez la documentation de conformité et les consignes de pose propres à la référence choisie. Les notifications sur smartphone complètent l’alarme sonore ; elles ne la remplacent pas.
Les bons gestes restent la première protection
Un détecteur n’empêche pas la production de CO. Les autorités sanitaires rappellent de faire vérifier chaque année, et avant toute remise en route, la chaudière, le chauffe-eau et les conduits de fumée par un professionnel. D’autres gestes comptent :
- aérer chaque pièce au moins dix minutes par jour, même par temps froid ;
- ne jamais boucher les entrées d’air ni les bouches de ventilation ;
- ne pas faire fonctionner un chauffage d’appoint à combustion plus de deux heures de suite et respecter sa notice ;
- ne jamais se chauffer avec une cuisinière, un four ou un réchaud ;
- ne jamais utiliser un groupe électrogène, un brasero ou un barbecue dans un lieu clos, ni près d’une fenêtre.
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Si l’alarme sonne : aérer, sortir et appeler les secours
Si l’alarme se déclenche, ou si des maux de tête, des nausées ou des vertiges apparaissent près d’un appareil à combustion, même sans alarme, les autorités sanitaires demandent de :
- aérer immédiatement en ouvrant portes et fenêtres ;
- arrêter les appareils à combustion si c’est possible ;
- évacuer les lieux sans attendre ;
- appeler le 15 (Samu), le 18 (pompiers) ou le 112, le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes, ou un centre antipoison au 01 45 42 59 59.
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Sources : communiqué DGS, Santé publique France et Anses, Service Public, Sénat, Assemblée nationale, FireAngel (EN 50292:2023), notice ABUS COWM510 (EN 50291-1), Kidde, Castorama et Netatmo.