Annoncés comme l’une des grandes attractions de l’IFA 2026, les robots humanoïdes ont effectivement envahi les allées du salon berlinois. Certains exécutaient des figures spectaculaires, d’autres tentaient de manipuler du linge ou de saisir des objets. Derrière l’effet « waouh », une limite revenait pourtant constamment : beaucoup restaient téléopérés, très encadrés ou cantonnés à des séquences soigneusement préparées. Le robot réellement autonome et utile à la maison paraît encore loin.

Robot humanoïde à l'IFA © IFA
Robot humanoïde à l’IFA © IFA

Ils étaient annoncés en nombre, et la promesse a été tenue. À l’IFA 2026 de Berlin, les robots humanoïdes étaient partout. Dans les allées, sur les stands et jusque sur les scènes du salon, impossible de passer à côté de ces machines capables de marcher, saluer, danser, effectuer quelques figures acrobatiques ou reproduire certains gestes humains.

L’effet fonctionne immédiatement. Voir un robot tenir debout, reproduire un mouvement de Tai Chi, réaliser un grand écart ou envoyer un coup de pied reste spectaculaire.

Le salon lui-même s’en est largement fait l’écho. Jamais autant de robots humanoïdes n’avaient été présentés sur le salon, avec la présence de marques comme EngineAI, Unitree, Agibot, Dobot Robot, DEEP Robotics, PrimeBot Robots ou encore Cozio Robotics.

Mais une fois passée la première démonstration, une question revenait rapidement : que savent réellement faire ces robots sans intervention humaine ? Et c’est là que le tableau devenait beaucoup plus nuancé.

Beaucoup de robots… et de télécommandes

Pendant le salon, nous avons vu de nombreux humanoïdes pilotés directement par des opérateurs. Certains utilisaient des joysticks ou des systèmes de téléopération, tandis que des techniciens restaient constamment à proximité pour intervenir au moindre problème.

Le contraste était parfois saisissant entre l’impression produite auprès du public et la réalité technique de la démonstration.

Sur le stand d’EngineAI, par exemple, le T800 a multiplié les mouvements de combat, avec coups de poing feintés et coups de pied. Chez Unitree, deux robots G1 ont simulé un combat de boxe. La prestation était spectaculaire, mais les mouvements des deux G1 étaient directement guidés par un opérateur utilisant une télécommande, nous rapporte Clubic.

Autrement dit, le robot réalise bien les gestes. Mais il ne décide pas nécessairement lui-même de ce qu’il doit faire. C’est une distinction essentielle lorsqu’on cherche à savoir si ces machines sont réellement proches d’un usage quotidien.

Des démonstrations impressionnantes, mais largement préparées

Lorsqu’ils n’étaient pas téléopérés, nombre de robots observés réalisaient surtout des mouvements ou des séquences qu’ils avaient appris auparavant.

Marcher quelques mètres, saluer un visiteur, prendre une pose, effectuer une chorégraphie ou reproduire un mouvement complexe constitue déjà une prouesse technologique. Mais cela ne signifie pas qu’un robot soit capable de comprendre spontanément une situation nouvelle et d’y répondre correctement.

C’était d’ailleurs tout le paradoxe de cette édition de l’IFA.

Les machines sont devenues physiquement beaucoup plus impressionnantes. Certaines courent, dansent, manipulent des objets ou réalisent des figures qui auraient semblé difficilement envisageables quelques années auparavant. Mais l’agilité physique n’est qu’une partie du problème.

Pour devenir réellement utile, un humanoïde doit également être capable de comprendre ce qui se passe autour de lui. Et c’est précisément là que les difficultés commencent.

Une usine n’est pas une maison

Dans un environnement industriel, un robot peut travailler dans un cadre très fortement contrôlé. Les objets sont généralement positionnés à des endroits déterminés. Les trajets peuvent être reproduits. Les tâches sont souvent répétitives et l’environnement peut être organisé en fonction du robot.

Une maison fonctionne exactement à l’inverse. Une chaise peut être déplacée. Un jouet peut rester au milieu du passage. Un vêtement tombe au sol. Un animal traverse brusquement la pièce. Un enfant arrive au moment où le robot transporte un objet.

La machine doit alors non seulement détecter l’obstacle, mais comprendre la situation, anticiper ce qui pourrait se produire et modifier son comportement immédiatement.

C’est l’un des principaux défis auxquels les humanoïdes restent confrontés.

Robots humanoïdes : le grand défi du passage de l’usine à la maison

À l’IFA, les constructeurs ont beaucoup parlé de Physical AI, cette idée selon laquelle l’intelligence artificielle ne doit plus simplement traiter des informations, mais permettre à une machine de percevoir son environnement physique et d’agir en conséquence. Sur le papier, c’est précisément ce dont un robot domestique aurait besoin.

Dans les démonstrations visibles à Berlin, nous en étions toutefois encore largement au stade de l’expérimentation.

Robot humanoïde à l'IFA © Labo Maison
Robot humanoïde à l’IFA © Labo Maison

Un intermédiaire physique dans son logement

Certaines démonstrations avaient néanmoins le mérite de sortir des simples chorégraphies. SwitchBot a ainsi présenté un robot capable de charger du linge dans une machine à laver. Mais la démonstration mettait également en évidence les limites actuelles de cette technologie : l’opération était particulièrement lente.

LG affichait une ambition beaucoup plus large avec son concept de « Zero Labor Home », littéralement une maison sans travail domestique. Le groupe sud-coréen présentait notamment son robot CLOiD, imaginé comme l’un des éléments centraux d’un ensemble connectant électroménager, divertissement et différents systèmes domestiques.

LG lance la production pilote de son robot ménager CLOiD

Ici, le robot ne serait plus un appareil isolé mais une sorte d’intermédiaire physique capable d’évoluer au milieu des équipements déjà présents dans le logement.

« Robots on the Runway » : le grand spectacle humanoïde

L’IFA assumait d’ailleurs parfaitement cette dimension spectaculaire avec son événement « Robots on the Runway ». Des humanoïdes se sont succédé sur scène pour danser, effectuer du Tai Chi, réaliser des backflips ou encore faire le grand écart.

Certaines machines répondaient également aux questions de l’animateur et interagissaient avec le public. Le spectacle avait tout du défilé technologique.

Il permettait surtout aux constructeurs de mettre en avant les progrès réalisés dans l’équilibre, les articulations et la coordination des mouvements.

D’autres systèmes robotiques présentés sur scène visaient des usages plus concrets, notamment l’interaction avec les animaux ou l’intervention lors d’incendies et de situations d’urgence.

La variété des démonstrations témoignait d’une industrie en pleine effervescence. Mais elle montrait aussi qu’aucun usage central ne s’impose encore réellement pour l’humanoïde.

L’enjeu n’est plus seulement de savoir marcher

Les progrès physiques sont désormais particulièrement visibles. Le véritable défi est de permettre à ces machines de comprendre le contexte. L’IFA évoquait notamment l’idée de robots capables, demain, de comprendre les habitudes alimentaires d’une famille, ses préférences ou la manière dont elle utilise sa cuisine. Un tel niveau d’interaction nécessiterait que la machine ne se contente plus d’exécuter une instruction isolée.

C’est précisément cette transition entre une machine qui exécute et une machine qui comprend suffisamment pour agir seule qui paraît encore loin d’être achevée.

Sources : IFA, Clubic, Labo Maison