Les robots humanoïdes, que l'on pensait avant tout réservés aux usines, s’apprêtent à investir la sphère domestique. Mais ce passage, complexe et imprévisible, représente un défi technologique de taille. En Chine, on mise alors sur des stratégies d’apprentissage inédites.

Robot humanoïde teasé dans une vidéo Par Honor
Robot humanoïde teasé dans une vidéo Par Honor

Ce n’est un secret pour personne, l’univers industriel et l’espace de vie familial obéissent à des logiques largement opposées. Par exemple, les robots opèrent dans les usines dans un cadre rigoureusement balisé, ce qui n’est pas le cas au sein d’un foyer. En effet, dans les ateliers de production, les pièces qu’ils sont censées manipuler occupent souvent des positions fixes. De plus, les mouvements sont reproduits des milliers de fois avec des variations infimes. Bref, des configurations qui limitent drastiquement les imprévus… À l’inverse, l’environnement résidentiel est à la fois changeant et dynamique. Un vêtement déplacé, un meuble bougé ou l’irruption soudaine d’un animal domestique suffisent à perturber la trajectoire d’une machine.

Robots humanoïdes, l’importance de l’adaptabilité

Pour expliquer cette capacité limitée actuelle des robots humanoïdes, les scientifiques évoquent, comme le rapporte le South China Morning Post, un déséquilibre entre leur « cervelet » et leur cerveau. Si vous ne le savez pas encore, le premier est responsable du contrôle moteur et de l’agilité, alors que le dernier assure les fonctions cognitives. Un robot peut ainsi disposer de la dextérité nécessaire pour effectuer un mouvement spécifique, mais s’avérer incapable de comprendre le rôle contextuel des objets environnants. L’adaptabilité devient dans ce cas un critère essentiel avant tout déploiement sur le marché grand public. Afin justement de combler ce déficit cognitif, la Chine a mis en place des initiatives qui visent à améliorer et à accélérer l’apprentissage des robots humanoïdes. Dans la ville-préfecture de Zhangjiang, située à l’extrémité occidentale de la province du Guangdong, notamment, un pôle d’innovation de près de 5000 m² a été ouvert.

Une approche révolutionnaire

Ce centre accueille actuellement une centaine de robots issus de plusieurs entreprises et instituts. Ces « élèves », aux morphologies et capacités motrices variées, y suivent un programme de formation intensif. L’opération, menée sous supervision d’opérateurs humains, consiste à apprendre aux humanoïdes à maîtriser des gestes courants et spécialisés applicables à divers secteurs (médecine, commerce, agriculture, industrie) mais aussi et surtout des compétences purement domestiques. Chaque action est scrutée et répétée jusqu’à 600 fois par jour. Les erreurs sont en même temps corrigées. Cette approche basée sur l’apprentissage des robots humanoïdes permet de générer une quantité importante d’informations, estimée à environ 50 000 points de données par jour. En faisant ainsi, la Chine veut permettre aux entreprises locales d’accélérer le développement de leurs machines.

SeeLight S1, un exemple concret

 Il faut savoir que l’existence de cette base de données évite aux ingénieurs de reproduire les mêmes recherches de manière isolée. L’objectif est de créer un « super cerveau » qui centralisera et synthétisera l’intégralité des compétences acquises au cours des apprentissages. À terme, cette intelligence partagée permettra à n’importe quelle machine de télécharger instantanément, dès sa sortie d’usine de fabrication, ces connaissances communes et de se former de manière autonome. L’apprentissage en laboratoire trouve cependant ses limites face à la complexité du monde réel. Pour perfectionner l’intelligence d’un robot domestique, il est indispensable de le confronter aux scénarios complexes de la vie quotidienne. D’autres projets plus spécialisés sont ainsi en cours. C’est le cas de celui de la société GigaAI qui, en collaboration avec le Centre d’innovation des robots humanoïdes du Hubei et la Hubei Humanoid Robotics Industry Alliance, a développé le SeeLight S1. Présenté comme le premier robot humanoïde chinois pensé spécialement pour un usage domestique, ce modèle est capable d’ouvrir les rideaux, couper des légumes ou encore étendre le linge. C’est du moins ce que laissent croire des séquences mises en ligne par GigaAI. D’ailleurs, si tout se passe bien, la machine fera l’objet d’un test à grande échelle au sein de ménages chinois dès le premier semestre 2027. Les essais seront menés auprès de familles basées à Wuhan. Le but est de donner au SeeLight S1 la possibilité d’apprendre directement au contact d’un environnement familial réel.

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Une promesse qui ne se réalisera pas de sitôt ?

Malgré l’enthousiasme suscité par les robots humanoïdes, les acteurs du secteur avancent avec prudence. Et pour cause, des organismes comme la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine (NSFC) estiment que ces équipements ne sont pas prêts de débarquer en masse dans nos salons. À noter que cette agence gouvernementale chinoise avait initialement prévu des ventes ambitieuses dépassant les 10 000 humanoïdes dès 2025, avec même une croissance annuelle avoisinant les 125 %. Mais la réalité s’est donc avérée différente. Selon les experts, avant de pouvoir prendre d’assaut le secteur résidentiel, les humanoïdes devront d’abord faire leurs preuves dans les usines, l’univers de la restauration et les services commerciaux. En effet, la feuille de route technologique imposerait d’abord une validation stricte dans l’industrie.

Quoi qu’il en soit, l’enjeu économique et géopolitique reste colossal pour Pékin. Détenant déjà 54 % des parts du marché mondial des robots industriels, la Chine s’est fixé pour objectif de s’imposer comme le leader mondial de la robotique humanoïde avant fin 2027.

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