Six mois après sa démonstration au CES, LG commence à fabriquer des exemplaires de test de CLOiD. Le robot ménager n’est pas encore commercialisé, mais le projet change clairement d’échelle.
Présenté en janvier dernier au CES 2026 de Las Vegas, CLOiD devait incarner la vision de LG pour le robot domestique du futur. Capable de manipuler du linge, de lancer une lessive ou d’aider à préparer le petit-déjeuner, l’engin franchit désormais une étape plus concrète : le constructeur sud-coréen a commencé à produire une première série d’exemplaires de test.
Cette production pilote ne signifie pas que CLOiD arrivera prochainement dans les magasins. Elle marque toutefois un changement de phase. Les machines fabriquées doivent fonctionner sur de longues périodes afin de collecter des données, évaluer leur fiabilité et améliorer les modèles d’intelligence artificielle qui les pilotent.
Une production encore expérimentale
L’information a été donnée par LG à l’occasion de la présentation de ses résultats du deuxième trimestre 2026. Selon le Seoul Economic Daily, plusieurs exemplaires de CLOiD sont en cours de fabrication. Ils seront progressivement installés dans une nouvelle « Robotics Data Factory », que le groupe prévoit de mettre en service au second semestre.
Il ne s’agit donc pas encore d’une production en série destinée au grand public. Ces premiers robots serviront avant tout de supports d’apprentissage. LG pourra observer leurs mouvements, relever leurs erreurs et les confronter à des situations plus variées.
L’enjeu est important. Une démonstration sur un salon se déroule dans un environnement préparé, avec des objets placés à des endroits connus. Dans une maison, le robot doit composer avec des vêtements froissés, des objets déplacés, des portes entrouvertes ou encore des conditions de lumière changeantes.
Une machine pensée pour le réel
Les robots produits ne seront pas immédiatement installés chez des particuliers. Ils alimenteront d’abord la nouvelle usine de données de LG, située sur le campus de recherche de Yangjae, à Séoul.
Les gestes effectués par CLOiD doivent servir à perfectionner le Robot Foundation Model (RFM) développé par le groupe. Ce modèle doit permettre aux robots de mieux comprendre leur environnement, de planifier leurs déplacements et d’adapter leurs actions en cas d’imprévu.
CLOiD s’appuie déjà sur deux systèmes complémentaires : un modèle vision-langage pour analyser les images captées par ses caméras, et un modèle vision-langage-action pour convertir cette analyse en mouvements physiques. LG indiquait au CES avoir entraîné ces technologies sur plusieurs dizaines de milliers d’heures de tâches domestiques.
Le passage à des machines physiques utilisées au quotidien doit maintenant enrichir ces données avec des scénarios plus réalistes. L’objectif n’est plus seulement d’apprendre à saisir une serviette, mais aussi de la repérer, de l’attraper correctement puis de la plier, même lorsque sa position varie.
Un robot sur roues
Sur le plan matériel, CLOiD reste proche du concept présenté en janvier. Le robot conserve une silhouette semi-humanoïde, avec une tête équipée de caméras et de capteurs, un torse à hauteur réglable et deux bras articulés.
Chaque bras dispose de sept degrés de liberté. Les mains, elles, sont dotées de cinq doigts motorisés indépendamment, conçus pour manipuler des objets du quotidien comme de la vaisselle, des vêtements ou des aliments.
Contrairement aux robots humanoïdes à deux jambes, CLOiD repose sur une base roulante. LG estime que ce choix améliore la stabilité, réduit le risque de chute et limite les coûts de fabrication. Il facilite les déplacements sur sol plat, mais empêche évidemment le robot de franchir un escalier.
Lors des démonstrations du CES, CLOiD pouvait déjà récupérer du lait dans un réfrigérateur, placer un croissant dans un four, lancer une lessive puis plier et empiler le linge après séchage. Les gestes restaient toutefois lents, ce qui laisse encore une marge d’amélioration avant une éventuelle commercialisation.
LG structure sa filière robotique
Cette montée en puissance intervient alors que LG a récemment réorganisé ses activités liées à la robotique.
Depuis le 1er juillet 2026, elles sont réunies au sein d’un nouveau Robotics Business Center, chargé du développement commercial, des ventes, de la chaîne d’approvisionnement et des opérations industrielles. L’entité dépend directement de Lyu Jae-cheol, président-directeur général de LG Electronics.
Le groupe veut désormais faire de la robotique un véritable axe de développement, avec des robots domestiques, des robots de service pour les entreprises et des solutions industrielles. LG peut s’appuyer dans ce domaine sur Bear Robotics, spécialisé dans les robots de service pour la restauration, et sur Robostar, qui développe des solutions pour l’industrie.
CLOiD représente la branche domestique de cette stratégie. Son intégration avec ThinQ pourrait aussi lui permettre de dialoguer directement avec les appareils connectés de la maison, afin de lancer un programme, vérifier son état ou modifier certains réglages.
Des composants produits en interne
LG ne travaille pas seulement sur l’intégration du robot. Le groupe a aussi commencé à produire certains composants clés, à commencer par les actionneurs.
Une ligne pilote a été installée dans son usine de Changwon, en Corée du Sud. Ces éléments, qui regroupent généralement un moteur, un système de réduction et une électronique de commande, forment les articulations du robot et conditionnent en grande partie la précision et la fluidité de ses mouvements.
Les premiers exemplaires issus de cette ligne doivent équiper les robots de test CLOiD. LG pourra ainsi vérifier leur qualité et préparer une montée en cadence éventuelle.
L’entreprise s’appuie ici sur son expérience dans les moteurs de lave-linge, de climatiseurs, de réfrigérateurs et d’aspirateurs. Cette stratégie pourrait aussi lui permettre de mieux maîtriser le coût final de ses futurs robots.
Nvidia dans la boucle
LG collabore également avec Nvidia pour accélérer le développement de CLOiD.
Le partenariat prévoit l’utilisation d’Isaac Sim et d’Isaac Lab, deux outils qui permettent de recréer des logements et des objets dans un environnement virtuel, puis d’entraîner un robot avant de reproduire les mêmes gestes sur une machine réelle. Les deux groupes étudient aussi l’usage d’Isaac GR00T, le modèle de Nvidia pour les robots humanoïdes, ainsi que de Cosmos pour générer des données d’entraînement synthétiques.
La simulation doit permettre de gagner du temps. Un bras virtuel peut répéter un même geste des milliers de fois sans usure mécanique ni risque de casse.
Aucune date de lancement
Malgré ces avancées, LG ne donne toujours ni date de commercialisation ni prix pour CLOiD.
La production pilote constitue une étape importante, mais le robot reste à ce stade un outil de développement. Il doit encore permettre de valider les composants, d’enrichir les données d’entraînement et d’améliorer les capacités d’intelligence artificielle avant toute mise sur le marché.
CLOiD n’est donc pas encore prêt à entrer dans les foyers. Mais LG a clairement quitté la phase du simple prototype de démonstration pour entrer dans une logique industrielle plus structurée.
