Robinet extérieur, tuyaux, récupérateur, compteur d’eau : comment éviter les dégâts du gel, et qui doit payer si le compteur se fissure ?
Dans sa tendance à trois mois publiée le 5 octobre, Météo-France privilégie un trimestre octobre-décembre plus chaud que la normale, tout en rappelant que des épisodes plus frais restent possibles. Les tendances à plusieurs semaines restent incertaines : plutôt que d’attendre une alerte au gel, mieux vaut préparer les installations dès maintenant, par temps doux, puis surveiller les températures minimales prévues près de chez soi.
En gelant, l’eau prend du volume. Restée dans un robinet, un tuyau, une pompe ou une cuve, elle peut fendre la matière, et la fuite n’apparaît souvent qu’au dégel. Pour le reste du jardin, nous avons déjà détaillé comment protéger ses plantes avant les premières gelées, quoi faire du mobilier et des gouttières dans nos 5 gestes avant la chute des températures, et pourquoi il ne faut pas hiverner sa piscine trop tôt.
Robinet extérieur : fermer à l’intérieur, puis purger
Le robinet du jardin est souvent alimenté par une vanne d’arrêt placée à l’intérieur : dans le garage, la cave, un placard technique ou près du compteur. Fermez-la, puis ouvrez le robinet extérieur pour évacuer l’eau. Si la vanne possède un purgeur, ouvrez-le également, en prévoyant un récipient. Vérifiez que la conduite se vide complètement : un point bas peut retenir de l’eau. Laissez ensuite le robinet extérieur ouvert pendant l’hiver, sauf indication contraire du fabricant. N’utilisez que les vannes de votre installation privée : pour une fermeture sur le branchement public, contactez le service d’eau.
Dévissez tout ce qui est branché sur le robinet : raccord rapide, adaptateur, programmateur. Les robinets dits « antigel » ou « incongelables » ferment l’arrivée d’eau dans une zone protégée du froid et se vident à la fermeture, à condition d’avoir été posés avec la pente prévue par le fabricant et qu’aucun tuyau ni accessoire n’y reste raccordé. Sans vanne dédiée, un capot isolant limite le risque sans le supprimer ; mieux vaut en faire poser une.
Tuyaux, enrouleur et programmateur : vider et rentrer
- Le tuyau d’arrosage. Débranchez-le aux deux extrémités, retirez la lance et faites passer progressivement chaque partie en position basse pour évacuer toute l’eau. Enroulez-le sans le plier et rangez-le à l’abri, avec pistolets et arroseurs vidés.
- L’enrouleur ou le dévidoir. Rentrez-le s’il est mobile. Un enrouleur mural qui reste dehors doit au moins être débranché et vidé.
- Le programmateur à piles. Démontez-le du robinet et rangez-le dans un endroit sec, hors gel. Retirez les piles si la notice le prévoit, comme pour certains programmateurs Gardena, et notez vos réglages avant : leur conservation dépend du modèle.
Arrosage automatique et goutte-à-goutte : vidanger le réseau
Un réseau d’arrosage garde de l’eau dans ses tuyaux, ses électrovannes et ses arroseurs. Coupez l’arrivée d’eau, puis vidangez le réseau selon la méthode prévue pour votre installation : purges manuelles aux points bas, purges automatiques ou, si nécessaire, soufflage à l’air comprimé. Les purges ne suffisent pas toujours à vider les électrovannes et les tronçons où l’eau reste piégée. Sur un goutte-à-goutte, retirez les bouchons de fin de ligne pour laisser l’eau s’échapper, et rentrez filtre et réducteur de pression s’ils sont démontables. Le soufflage demande un matériel adapté et le respect des limites de pression du réseau : une pression excessive peut endommager conduites et arroseurs, et blesser. Le fabricant Rain Bird recommande de faire appel à un professionnel si vous ne maîtrisez pas l’opération. Vérifiez aussi les filtres, dispositifs anti-retour et accessoires hors sol, où de l’eau peut rester emprisonnée. Pour le boîtier de commande, utilisez le mode arrêt saisonnier, OFF ou suspension prévu par le fabricant ; la conservation des réglages après une coupure de courant dépend du modèle.
Récupérateur, pompe, fontaine : rien ne doit rester plein
- Le récupérateur d’eau de pluie hors sol. Pour un modèle classique, videz la cuve et son robinet avant le gel, puis suivez les consignes d’hivernage du fabricant. Si le collecteur de gouttière a une position hiver, activez-la ; sinon, déconnectez la cuve en veillant à ce que l’eau du toit continue de s’évacuer. Pour une cuve enterrée, suivez la notice. N’ajoutez jamais d’antigel dans un récupérateur d’eau de pluie. Nous avons détaillé les règles d’usage dans notre article sur la récupération de l’eau de pluie.
- La pompe de surface. Coupez son alimentation électrique, rincez-la, videz le corps de pompe par son bouchon de vidange, puis rangez-la dans un endroit sec et hors gel. Pour une pompe immergée, suivez les conditions d’hivernage prévues par le fabricant : certaines doivent être sorties et vidangées, d’autres peuvent rester dans l’eau sous conditions.
- La fontaine et les jeux d’eau. Videz la vasque et rentrez la petite pompe : une vasque en céramique ou en pierre poreuse peut se fendre si l’eau y gèle. Pataugeoire, brumisateur et douche solaire se vident et se sèchent avant d’être rangés.
Compteur d’eau : isoler le regard avec le bon matériau
Dans un regard extérieur ou une niche, protégez le compteur et les conduites apparentes avec des isolants qui ne craignent pas l’humidité ; selon la configuration, des plaques peuvent aussi se placer sous le couvercle du regard, sans gêner sa fermeture ni l’accès au compteur. Suivez les recommandations de votre service d’eau. Les services d’eau recommandent des plaques de polystyrène extrudé ou de polyuréthane, des gaines ou une housse spéciale compteur. À l’inverse, la paille, le papier, les tissus, la laine de verre ou de roche exposées à l’humidité sont à proscrire : elles se gorgent d’eau et peuvent favoriser le gel au lieu de l’empêcher. Refermez bien le regard ou la porte de la niche, et laissez le compteur accessible pour le relevé.
Si le compteur se trouve dans un garage ou une cave non chauffés, maintenez le local au-dessus de 0 °C ou isolez le compteur et les tuyaux visibles. Pour une maison inoccupée tout l’hiver, certains services proposent de fermer le branchement, généralement à vos frais : renseignez-vous auprès du vôtre.
Compteur gelé : qui paie ?
Le compteur appartient généralement au service d’eau, mais le règlement impose souvent à l’abonné de le protéger du gel, et son remplacement peut alors lui être facturé. Cette responsabilité n’est pas automatique : dans une recommandation publiée en 1985, la Commission des clauses abusives demande que les dégâts du gel sur le compteur restent à la charge du service d’eau, sauf faute prouvée de l’abonné. Elle peut aussi dépendre de l’endroit du dommage : le compteur, la conduite située avant lui ou l’installation privée après lui ne relèvent pas forcément des mêmes règles. Consultez le règlement du service d’eau qui dessert votre logement, souvent en ligne, pour savoir dans quelles conditions il facture. Gardez une photo de votre isolation : elle pourra servir en cas de contestation.
Ne démontez jamais le compteur vous-même : seuls les agents du service d’eau peuvent y intervenir. Côté assurance, le gel des canalisations intérieures est souvent couvert au titre des dégâts des eaux, si les précautions prévues au contrat ont été prises ; les canalisations extérieures enterrées demandent généralement une garantie spécifique.
Canalisation gelée : dégeler doucement, jamais à la flamme
Si l’eau ne coule plus après une période de gel, une canalisation ou le compteur a peut-être gelé : vérifiez d’abord qu’il ne s’agit pas d’une coupure du réseau ou d’une vanne fermée. Fermez l’arrivée d’eau si vous soupçonnez une rupture ou si vous ne pouvez pas surveiller le dégel. Si seule une courte portion de tuyau accessible est gelée, ouvrez légèrement le robinet qu’elle dessert pour que l’eau puisse s’écouler, puis réchauffez-la progressivement avec des linges tièdes, en partant du côté du robinet. Un sèche-cheveux peut servir, avec précaution et loin de toute eau. Ne chauffez jamais une section fermée qui resterait sous pression, et n’utilisez ni flamme, ni chalumeau, ni décapeur thermique : vous risquez un incendie et d’abîmer conduites et joints. En cas de doute, appelez un plombier.
Si c’est le compteur qui a gelé, ou s’il est fendu, appelez votre service d’eau. En cas de fuite après le dégel, gardez l’arrivée fermée, faites intervenir un plombier et déclarez le sinistre à votre assureur dans le délai prévu par votre contrat. Au printemps, remettez l’installation en eau progressivement et contrôlez robinets, raccords, pompes et tuyaux : une fissure due au gel n’apparaît parfois qu’au retour de la pression.
Sources : Communauté d’agglomération Sophia Antipolis, règlement du service de l’eau potable (annexe 4) ; Commission des clauses abusives, recommandation n° 85-01.