Après la France, des incidents frigorifiques sont signalés dans une douzaine de pays européens. Plusieurs enseignes ont dû jeter des denrées après une modification à distance des températures.
Après la France, les réfrigérateurs et congélateurs de supermarchés de plusieurs pays européens sont de nouveau la cible de cyberattaques présumées. Depuis lundi 2 novembre, des incidents de réfrigération, confirmés ou soupçonnés d’être liés à des cyberattaques, ont été signalés dans une douzaine de pays européens : l’Allemagne, la Belgique, l’Estonie, la Finlande, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, la Roumanie, la Suède et le Royaume-Uni.
En Italie, une vingtaine de points de vente auraient été concernés en Sicile, selon une estimation encore provisoire de la fédération de la distribution Federdistribuzione. Une entreprise de restauration collective et un fabricant de surgelés ont aussi signalé des incidents, encore en cours de vérification.
Quatre magasins du groupe Radenza, qui exploite des supermarchés Coop en Sicile, ont notamment été affectés. Les pirates auraient déclenché à distance le dégivrage des rayons surgelés, normalement maintenus à −20 °C.
Résultat : des produits surgelés jetés et des dégâts estimés à plusieurs milliers d’euros. Le gouvernement italien assure toutefois qu’aucun risque sanitaire lié à la décongélation n’a été constaté à ce stade.
Quatre supermarchés ont également été touchés en Allemagne et six en Roumanie. En Belgique, des dizaines de magasins ont signalé des pannes de réfrigération. Une enquête a été ouverte par le parquet fédéral.
Des équipements frigorifiques insuffisamment sécurisés
Les premières explications techniques pointent vers des systèmes de contrôle anciens ou mal protégés.
En Italie, les attaquants seraient passés par les dispositifs de télégestion des installations frigorifiques pour modifier les températures de conservation.
En Roumanie, le directeur de l’agence nationale de cybersécurité, Dan Cimpean, évoque l’exploitation de vulnérabilités affectant des contrôleurs industriels exposés à Internet. Il décrit une opération apparemment peu sophistiquée, sans soupçon d’implication d’un État à ce stade.
Des équipements du fabricant danois Danfoss, déjà concernés par l’attaque française, ont aussi été identifiés dans des magasins touchés en Suède et en Estonie. En Suède, les magasins de la chaîne Ica touchés étaient tous reliés à un système de contrôle de la réfrigération du fabricant danois Danfoss. En Estonie, les appareils attaqués étaient d’anciens modèles Danfoss, proches de ceux ciblés en France. Après l’attaque française, Danfoss avait expliqué que la plupart des équipements touchés ne recevaient plus de mises à jour de sécurité. Aucune faille unique n’est toutefois établie à ce stade pour l’ensemble des incidents de novembre.
Ces constats rappellent ceux formulés en France par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi).
En France, l’Anssi avait déjà identifié des failles élémentaires
Le 12 octobre, plusieurs supermarchés Intermarché, Leclerc et Système U avaient été victimes d’une cyberattaque. Des centaines de réfrigérateurs avaient été ciblés, avec des températures modifiées à distance et d’importantes quantités de denrées perdues.
Auditionné au Sénat le 21 octobre, le directeur général de l’Anssi, Vincent Strubel, avait dénoncé des « défauts de sécurisation élémentaire ».
L’agence avait notamment relevé des équipements directement accessibles depuis Internet et des mots de passe faibles. Des protections simples auraient donc pu limiter les risques d’intrusion.
L’Anssi rappelle pourtant depuis 2014 la nécessité de ne pas exposer directement les systèmes industriels sur Internet.
Une menace qui dépasse la grande distribution
Ces attaques montrent que les conséquences d’une intrusion informatique peuvent être très concrètes : rupture de la chaîne du froid, destruction de marchandises et pertes financières.
Les appareils connectés de la maison ont eux aussi leurs faiblesses : selon le rapport 2026 de Bitdefender et Netgear, téléviseurs, prises connectées et NAS représentent 67,1 % des vulnérabilités observées dans les foyers étudiés. Quelques précautions permettent de réduire le risque de piratage de sa maison connectée.
Le risque concerne aussi les pharmacies et les laboratoires, dont certains équipements frigorifiques servent à conserver des vaccins ou d’autres produits de santé. L’Anssi avait d’ailleurs engagé des échanges avec les acteurs sanitaires après l’attaque française.
La Commission européenne appelle désormais les acteurs concernés à renforcer leur préparation face à ces incidents. À ce stade, aucune des deux vagues d’attaques n’a été revendiquée et aucun lien entre elles n’est formellement établi.