Les actes de cybermalveillance prennent de l’ampleur alors que des dizaines d'équipements connectés équipent désormais nos foyers. D’après un nouveau rapport de Bitdefender et Netgear, les appareils domestiques du quotidien constituent un vecteur d’exposition aux menaces en ligne.
Téléviseurs connectés, thermostats intelligents, prises connectées : ces équipements promettent davantage de confort, de contrôle à distance et, pour certains usages, des économies d’énergie. Mais cette promesse de confort et d’efficacité s’accompagne également de nouveaux défis en matière de cybersécurité, de protection des données personnelles et de dépendance aux réseaux numériques. Dans leur dernier rapport sur la cybermalveillance qui s’intitule 2026 IoT Security Landscape, Bitdefender et NETGEAR attirent justement l’attention sur cette réalité. Publiée le 22 octobre 2026, cette étude fait état des menaces observées dans les environnements domestiques connectés. Elle repose sur des données recueillies entre janvier et septembre 2026, auprès d’environ 10,4 millions de foyers équipés de solutions pour la maison connectée.
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Téléviseurs, prises et NAS, des dispositifs connectés vulnérables
Les chercheurs affirment avoir analysé 5,4 milliards d’événements de sécurité et scruté 6,2 milliards de vulnérabilités. L’étude révèle qu’un domicile compte en moyenne 24 appareils reliés à Internet. Au sein de cet écosystème, les téléviseurs connectés arrivent en tête des observations en concentrant 22,7 % des vulnérabilités observées. Les prises connectées représentent 22,4 % des observations de vulnérabilités, devant les NAS (22 %). Attention, ces proportions ne correspondent pas à la probabilité qu’un appareil soit piraté.
Ces trois catégories réunissent ainsi 67,1 % des observations recensées. Il faut dire que les prises connectées occupent une place intéressante dans ce classement. Le rapport les associe par exemple à 266,7 millions d’observations de vulnérabilités. Utilisées pour commander à distance des lampes ou d’autres équipements électriques, les prises connectées peuvent rester branchées pendant des années sans que leur propriétaire vérifie leurs mises à jour. Comme le rapportent nos confrères du Monde Informatique, ces dispositifs sont souvent ignorés après leur installation en raison de leur faible coût.
Cybermalveillance, pourquoi les appareils anciens sont-ils plus vulnérables ?
En matière de cybersécurité, le problème ne vient pas uniquement de l’âge du matériel. Il résulte surtout du décalage entre sa durée d’utilisation et la période pendant laquelle son fabricant assure son suivi logiciel. Concrètement, un équipement domestique connecté peut rester en service pendant cinq à dix ans. Pourtant, son constructeur ne garantit parfois que deux à quatre ans de support logiciel. Une fois cette période terminée, les mises à jour de sécurité peuvent s’arrêter. Une prise connectée achetée il y a quatre ou cinq ans peut donc continuer à fonctionner normalement, tout en utilisant un logiciel qui ne reçoit plus de correctifs. Cela signifie qu’elle conserve sa connexion Wi-Fi et reste accessible depuis l’application mobile compagnon. En revanche, les failles découvertes après l’arrêt du support risquent de ne jamais être corrigées.
Le risque en matière de cybermalveillance est d’autant plus important que les cybercriminels recherchent automatiquement les équipements vulnérables. Le rapport indique que les opérations de reconnaissance représentent 90,1 % des activités malveillantes détectées. Ces opérations, connues sous l’appellation de scan de ports, consistent à analyser les réseaux et les appareils accessibles. Il s’agit d’une technique qui permet aux pirates de repérer des points faibles susceptibles d’être exploités. Il faut savoir qu’un objet vulnérable n’est pas nécessairement une cible en soi. Il peut devenir un relais. Une prise connectée ou une caméra de sécurité mal protégée peut ainsi exposer la maison à une menace de piratage de plus grande envergure.
Le problème des vulnérabilités déjà connues
Un autre chiffre du rapport mérite l’attention. Dans la classification utilisée par Bitdefender, 99,97 % des observations de vulnérabilités correspondent à des failles référencées CVE (Common Vulnerabilities and Exposures), contre 0,02 % pour l’authentification HTTP basique et 0,01 % pour les mots de passe faibles. Autrement dit, la grande majorité des problèmes identifiés ne concerne pas des failles totalement inconnues. Il s’agit de vulnérabilités documentées, pour lesquelles des informations techniques existent déjà. Certaines disposent même de correctifs, mais ceux-ci ne sont pas nécessairement installés sur les appareils concernés.
Ce constat souligne l’importance des mises à jour face à la recrudescence des actes de cybermalveillance. Un multicuiseur, un aspirateur robot, une caméra IP ou encore un lave-linge qui continue à utiliser une ancienne version de son logiciel peut ainsi rester exposé à des failles pourtant identifiées depuis longtemps.
À noter toutefois que ce rapport signé Bitdefender et Netgear comporte des limites méthodologiques qu’il convient de nuancer. Bien qu’ils révèlent une faille structurelle majeure dans la gestion de notre sécurité numérique quotidienne, les chiffres évoqués recensent des correspondances entre des signatures logicielles et des bases de failles publiques, et non des piratages avérés ou des intrusions systématiques.
Comment reconnaitre un appareil obsolète ?
Pour réduire le risque de cybermalveillance domestique, il convient donc de faire preuve de vigilance. Parmi les bons gestes à adopter, il est recommandé de vérifier sur le site web de son fabricant si un appareil donné bénéficie encore d’un support logiciel. Si l’application mobile compagnon le permet, activez les mises à jour automatiques du firmware. L’application mobile elle-même doit rester à jour ! Si le fabricant annonce la fin du support, la prudence s’impose. Lorsqu’un appareil ne reçoit plus de mises à jour de sécurité, il faut évaluer son exposition et les possibilités de le sécuriser. Son remplacement peut être préférable, notamment lorsqu’il reste connecté à Internet et présente des vulnérabilités connues non corrigées. Bien sûr, la sécurité du compte utilisateur ne doit pas être ignorée. On vous conseille de remplacer les identifiants fournis par défaut et de choisir un mot de passe unique et long.
La segmentation du réseau constitue également une mesure judicieuse. Elle consiste à séparer les objets connectés des équipements contenant des informations personnelles ou professionnelles. Cybermalveillance.gouv.fr recommande notamment de créer un réseau Wi-Fi distinct pour les invités et les objets connectés. Certaines box et certains routeurs permettent effectivement de créer un tel réseau Wi-Fi réservé.
Cette séparation peut limiter les communications entre équipements, à condition que le réseau invité soit effectivement isolé du réseau principal. Un simple nom de Wi-Fi différent ne garantit pas cette protection.
Cette précaution peut notamment éviter qu’un appareil compromis puisse accéder librement aux autres équipements du logement.
Il faut toutefois garder à l’esprit que l’étude de Bitdefender et NETGEAR ne constitue pas un recensement de tous les foyers. Ses résultats proviennent de routeurs équipés de solutions de sécurité particulières. Ils ne permettent donc pas d’estimer directement la proportion de ménages victimes de cyberattaques.
Ils mettent néanmoins en évidence une difficulté bien réelle : les équipements connectés peuvent rester en service longtemps après la fin de leur maintenance logicielle. Avant d’acheter une nouvelle prise Wi-Fi, une caméra ou un téléviseur connecté, la durée du support de sécurité mérite donc autant d’attention que les fonctionnalités annoncées.
Sources : BitDefender/NETGEAR, Cybermalveillance.gouv.fr, Monde Informatique