Alors que la France dévoile sa feuille de route énergétique 2035, l’Union française de l’électricité (UFE) réclame un "choc de fiscalité". L'objectif ? Aligner les taxes de l'électricité décarbonée sur celles des énergies fossiles, encore trop avantageuses. Entre aides aux pompes à chaleur et prix du kWh, analyse d'un bras de fer décisif.
Alors que le gouvernement vient de dévoiler sa feuille de route énergétique à l’horizon 2035, les acteurs du secteur électrique montent au créneau. Le message est clair : sans une réforme profonde de la fiscalité, les ambitions de décarbonation de la France risquent de rester lettre morte.
Le constat dressé par Christian Buchel, président de l’Union française de l’électricité (UFE), est sans appel. Intervenu sur France Inter ce vendredi 13 février 2026, il pointe une anomalie persistante dans le système français : l’électricité, bien que décarbonée sur notre territoire, supporte une charge fiscale bien plus lourde que les énergies fossiles importées.
L’absurde avantage fiscal des énergies fossiles
Aujourd’hui, l’électricité ne représente que 27 % de la consommation finale d’énergie en France. Selon l’UFE, le principal frein n’est pas technologique, mais financier. Christian Buchel martèle que la fiscalité est « deux à trois fois plus forte » sur l’électricité que sur le gaz ou le fioul.
Cette situation est d’autant plus paradoxale que le gouvernement a récemment durci le ton sur les énergies fossiles :
- La TVA sur les chaudières gaz est passée de 5,5 % à 20 %, rendant l’installation de solutions thermiques traditionnelles de moins en moins attractive.
- Pourtant, malgré une baisse de 15 % des tarifs réglementés d’EDF en février 2025, le poids des taxes sur chaque kWh électrique reste un frein pour de nombreux ménages.
Le match électricité vs gaz : l’atout du rendement
Pour bien comprendre l’enjeu du « choc fiscal », il faut regarder l’efficacité réelle des appareils. Le passage à l’électrique n’est pas qu’une question de prix au kWh, c’est aussi une question de performance.
Selon les données de l’ADEME, une pompe à chaleur (PAC) air/eau affiche un COP (Coefficient de Performance) moyen de 2,9.
Le chiffre à retenir : Pour 1 kWh d’électricité payé, une PAC restitue près de 3 kWh de chaleur dans le logement.
À l’inverse, une chaudière gaz, même performante, ne pourra jamais dépasser un rendement de 1 (1 kWh consommé = au maximum 1 kWh de chaleur). En abaissant la fiscalité sur l’électricité comme le demande l’UFE, le gain financier pour l’utilisateur d’une pompe à chaleur deviendrait massif, accélérant mécaniquement le retour sur investissement.
La feuille de route 2035 : un moteur qui manque de carburant
La sortie de l’UFE intervient au lendemain de la publication de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Si le texte confirme la relance massive du nucléaire, il laisse en suspens la question du coût final.
Le gouvernement prévoit un plan d’électrification pour le printemps touchant trois piliers :
- L’industrie (décarbonation des processus).
- Les transports (passage au véhicule électrique, dont le coût d’usage dépend directement du prix du kWh).
- Le logement (remplacement massif des chaudières fossiles).
La réponse prudente du gouvernement
Face à cette demande, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, reste mesuré. S’il reconnaît que l’électrification est rentable « à terme », il souligne la difficulté de la transition immédiate. Le défi est de taille : baisser la fiscalité sans creuser le déficit public, tout en protégeant les ménages qui n’ont pas encore les moyens d’investir dans une PAC ou une voiture électrique.
Source : Franceinfo.










