La sécheresse qui frappe l'Europe perturbe la production électrique en Hongrie. Pour soulager le réseau aux heures de pointe, plusieurs opérateurs réduisent désormais la puissance de leurs bornes de recharge, voire les coupent totalement. Une situation qui pose forcément une question : cela pourrait-il arriver en France ?
Les automobilistes hongrois roulant en électrique doivent désormais regarder leur montre avant de se brancher. Depuis le début du mois d’août, plusieurs réseaux de recharge du pays ont décidé de limiter leur puissance pendant les heures où le réseau électrique est le plus sollicité.
Une conséquence indirecte de la sécheresse historique qui touche actuellement le Danube.
Une centrale nucléaire tombée à seulement 10 % de sa puissance
La Hongrie dépend fortement de la centrale nucléaire de Paks, située sur les rives du Danube. Ses quatre réacteurs représentent environ la moitié de la production électrique du pays.
Problème : la centrale utilise l’eau du fleuve pour son refroidissement. Avec la sécheresse et les très faibles niveaux du Danube, la quantité d’eau disponible est devenue insuffisante pour maintenir la production habituelle.
Selon Reuters, la centrale de 2 GW est ainsi descendue à un peu plus de 10 % de sa capacité début août, évitant de peu un arrêt complet pour la première fois en 44 ans. Elle fonctionnait encore autour de 25 % de sa puissance le 13 août.
La Hongrie envisage même des travaux exceptionnels dans le Danube pour relever temporairement son niveau à proximité de la centrale.
Certaines bornes passent de 150 à 100 kW
Face aux tensions sur le réseau, les voitures électriques font partie des consommations que plusieurs opérateurs tentent désormais de décaler hors des heures de pointe.
Le phénomène est particulièrement visible entre 17 h et 22 h, au moment où la production solaire diminue alors que les climatiseurs et les équipements domestiques continuent de consommer fortement.
Depuis le début du mois d’août, MOL limite ainsi certaines de ses bornes rapides, normalement capables de délivrer au moins 150 kW, à 100 kW maximum entre 17 h et 22 h.
La différence ne signifie évidemment pas qu’une recharge prendra systématiquement 50 % de temps supplémentaire : la puissance réellement acceptée dépend aussi de la voiture, de l’état de charge de sa batterie et de sa température.
Mais pour les modèles capables de maintenir une puissance importante longtemps, le ralentissement peut devenir sensible.
Des bornes de 300 kW réduites de moitié
E.ON est allé plus loin. L’opérateur a décidé de réduire de 50 % la puissance disponible sur certains sites équipés de bornes de 300 kW et plus durant cette même plage horaire. Selon l’entreprise, cette mesure permettrait de libérer jusqu’à 10 MW de puissance sur le réseau.
Shell applique également des restrictions depuis le 5 août. Certaines de ses bornes rapides sont limitées à 150 kW entre 16 h et 22 h. D’autres enseignes utilisent une méthode beaucoup plus radicale.
Les bornes installées sur certains parkings Tesco ont été temporairement désactivées, tandis que Metro coupe quotidiennement ses stations de recharge entre 16 h et 22 h.
Jusqu’à 1,16 € le kWh pour décourager la recharge
Il existe également une autre manière de réduire la consommation : augmenter fortement les prix. Le service EV.app applique ainsi temporairement un tarif pouvant atteindre 420 forints par kWh pour une recharge commencée pendant les heures de pointe.
Cela représente environ 1,16 € le kWh. À ce tarif, ajouter 50 kWh à la batterie reviendrait à près de 58 €.
L’objectif n’est donc pas vraiment économique pour l’automobiliste : il s’agit surtout d’un signal destiné à pousser les conducteurs à attendre quelques heures avant de brancher leur véhicule.
La voiture électrique n’est pas responsable de la pénurie
Il serait cependant trompeur d’en conclure que les voitures électriques sont à l’origine des difficultés du réseau hongrois.
La situation actuelle provient avant tout d’une baisse exceptionnelle de la production électrique provoquée par le manque d’eau, combinée à une forte consommation liée aux températures élevées.
Les bornes rapides présentent simplement un avantage pour l’opérateur du réseau : leur consommation peut être facilement pilotée et décalée de quelques heures.
Réduire temporairement une borne de 300 à 150 kW est beaucoup plus simple que de couper l’électricité d’un logement ou d’une entreprise.
C’est d’ailleurs l’un des grands principes du futur réseau électrique : certaines consommations flexibles, comme la recharge des véhicules, les ballons d’eau chaude ou certaines pompes à chaleur, pourront être décalées afin de mieux correspondre à la disponibilité de l’électricité.
Cela pourrait-il arriver en France ?
La question est d’autant plus pertinente que la France connaît elle aussi d’importantes contraintes sur son parc nucléaire en cet été 2026.
Ce 14 août, la chaleur doit provoquer une réduction de production pouvant atteindre 9,4 GW sur neuf réacteurs français, soit environ 15 % de la capacité totale du parc nucléaire.
Les températures élevées des cours d’eau peuvent en effet obliger EDF à réduire la puissance de certaines centrales, notamment pour respecter les limites environnementales concernant la température de l’eau rejetée.
La situation française reste néanmoins très différente de celle de la Hongrie. Même avec cette baisse de production, la France continue actuellement à exporter de l’électricité vers ses voisins. La consommation estivale est également nettement plus faible que lors des pointes hivernales.
Il n’existe donc actuellement aucune mesure générale visant à réduire la puissance des bornes de recharge en France.
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Mais le principe existe déjà
Cela ne signifie pas que la puissance de recharge sera toujours disponible sans aucune contrainte.
Les bornes rapides disposent déjà très souvent de systèmes capables de répartir dynamiquement la puissance entre plusieurs véhicules.
À domicile aussi, une wallbox peut adapter sa puissance en fonction de la consommation du logement afin d’éviter de dépasser la puissance souscrite au compteur.
À plus grande échelle, RTE considère depuis plusieurs années que le pilotage de la recharge des voitures électriques constituera justement une source de flexibilité pour le réseau électrique.
L’expérience hongroise illustre donc probablement moins un problème propre à la voiture électrique qu’une évolution de notre manière de consommer l’électricité : lorsque la production devient rare, certains appareils pourront temporairement consommer moins ou fonctionner quelques heures plus tard.
Et la voiture électrique fait partie des équipements particulièrement faciles à piloter.
Source : Reuters.



