Rouler électrique permet aujourd’hui d’échapper à une grande partie des taxes payées à la pompe. Mais à mesure que l’essence et le diesel reculent, l’État voit aussi disparaître des milliards d’euros de recettes. Une situation qui pourrait finir par modifier en profondeur la fiscalité automobile.
L’un des grands avantages de la voiture électrique se trouve évidemment à la recharge. À domicile, parcourir 100 kilomètres coûte généralement beaucoup moins cher qu’avec une voiture essence ou diesel. Mais cette différence de prix pour le consommateur cache aussi un manque à gagner considérable pour les finances publiques.
Cet avantage fiscal s’observe d’ailleurs dès l’achat : rappelons que les véhicules 100% électriques sont actuellement exonérés du malus écologique (CO2) et du malus au poids. À titre de comparaison, ces taxes sur les véhicules thermiques ont rapporté la somme record de 523 millions d’euros à l’État rien qu’au premier semestre 2026.
À l’usage, le constat est similaire : un automobiliste qui fait le plein d’essence verse plusieurs euros de taxes à l’État à chaque centaine de kilomètres parcourus. Avec une voiture électrique rechargée à la maison, la somme tombe à moins d’un euro. À mesure que le parc automobile s’électrifie, cette différence devient donc un véritable problème budgétaire, forçant la France à réfléchir à la fiscalité de demain.
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Jusqu’à 30 milliards d’euros de recettes en moins
Le sujet n’est plus seulement théorique. Dans un rapport publié en juin 2026, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), rattaché à la Cour des comptes, s’est penché sur les conséquences de la transition énergétique pour les finances publiques.
Selon les simulations de la Direction générale du Trésor reprises par le CPO, les recettes nettes de l’accise sur les énergies pourraient diminuer de 7 à 10 milliards d’euros dès 2030 par rapport à 2019, à fiscalité constante.
À l’horizon 2050, le manque à gagner atteindrait 15 à 30 milliards d’euros par an selon le rythme de la décarbonation. Et le rapport précise que cette baisse concernerait principalement le secteur des transports. La raison est simple : chaque voiture électrique qui remplace un modèle thermique consomme de l’électricité à la place d’un carburant beaucoup plus lourdement taxé.
Pourquoi une voiture électrique rapporte beaucoup moins lorsqu’elle roule
Depuis le 1er août 2026, le tarif d’accise applicable à l’électricité des ménages, majoration comprise, s’établit à 30,62 euros par mégawattheure, soit un peu plus de 3 centimes par kilowattheure.
La fiscalité des carburants est d’un tout autre ordre. Depuis mars 2026, l’accise applicable aux essences atteint 69,02 euros par hectolitre, soit 0,6902 euro par litre. Et à cela s’ajoute encore la TVA.
Concrètement, cette différence devient spectaculaire dès que l’on ramène les deux motorisations à la même distance parcourue.
À 100 km, l’écart de taxes est spectaculaire
Prenons deux voitures représentatives : une électrique consommant 15 kWh/100 km et une essence consommant 7 l/100 km. Pour rendre la comparaison lisible, retenons un prix de l’électricité de 0,20 €/kWh TTC à domicile et un litre d’essence à 2 € TTC.
Sur 100 kilomètres, la voiture électrique consomme 3 euros d’électricité. L’accise représente environ 0,46 euro, auxquels s’ajoutent 0,50 euro de TVA. On arrive à environ 0,96 euro de fiscalité sur l’énergie.
Pour la voiture essence, les 7 litres coûtent 14 euros. L’accise représente à elle seule environ 4,83 euros, auxquels s’ajoutent 2,33 euros de TVA. Total : environ 7,16 euros de taxes.
| Pour 100 km | Voiture électrique | Voiture essence |
|---|---|---|
| Consommation retenue | 15 kWh | 7 litres |
| Prix de l’énergie retenu | 0,20 €/kWh | 2 €/l |
| Coût de l’énergie | ~3 € | ~14 € |
| Accise | ~0,46 € | ~4,83 € |
| TVA | ~0,50 € | ~2,33 € |
| Fiscalité totale | ~0,96 € | ~7,16 € |
Le constat Labo Maison :
Sur une année de 15 000 kilomètres, la différence est parlante : environ 144 euros de taxes liées à l’électricité pour le véhicule électrique contre 1075 euros pour l’essence. Soit un écart proche de 930 euros par voiture et par an.
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Pourquoi ne pas simplement augmenter la taxe sur l’électricité ?
La solution pourrait sembler évidente : augmenter progressivement l’accise sur l’électricité utilisée par les voitures. Le Conseil des prélèvements obligatoires évoque cette possibilité, mais en souligne les limites.
Dans un logement, le compteur ne distingue actuellement pas l’électricité utilisée pour recharger une voiture de celle d’un four ou d’une pompe à chaleur.
Augmenter globalement la fiscalité sur l’électricité reviendrait donc à taxer tous les ménages, y compris ceux sans voiture électrique. Surtout, le CPO estime qu’une augmentation trop rapide risquerait de freiner l’électrification des transports.
Une nouvelle vignette automobile fait partie des pistes
Une autre solution serait beaucoup plus simple à mettre en place : faire payer une taxe annuelle pour la détention d’un véhicule. Le CPO l’évoque explicitement.
Cette taxe pourrait être modulée selon la masse ou l’empreinte au sol. Le rapport estime qu’une taxe de possession de 95 euros en moyenne par an rapporterait environ 3 milliards d’euros par an (soit 10 % des pertes projetées à l’horizon 2050). Une mesure qui rappellerait l’ancienne vignette automobile, en version modernisée. Mais là encore, il s’agit d’une piste étudiée, pas d’une taxe décidée.
La France va-t-elle instaurer une taxe au kilomètre ?
La France n’est pas la seule confrontée à ce problème. Certains États ont déjà commencé à modifier leur fiscalité. Le Royaume-Uni va créer une nouvelle Electric Vehicle Excise Duty (eVED) au 1er avril 2028 : les voitures entièrement électriques devront payer 3 pence par mile parcouru (environ 2,2 centimes d’euro par kilomètre). L’idée consiste à remplacer une taxe sur le carburant par une taxe sur l’utilisation : plus on roule, plus on paie.
Cependant, à ce jour, aucune taxe kilométrique nationale n’a été décidée en France. Il faut se méfier des rumeurs laissant entendre que les propriétaires de voitures électriques seront prochainement facturés au kilomètre. Le choix politique reste entièrement ouvert.
Un avantage fiscal qui paraît difficilement durable
Une chose apparaît de plus en plus clairement : l’électrification massive va réduire les recettes de l’État. Multiplié par plusieurs millions de véhicules, l’écart de taxes entre le thermique et l’électrique devient un gouffre.
Cela ne signifie pas que la voiture électrique deviendra aussi lourdement taxée que l’essence : les pouvoirs publics ont intérêt à conserver un avantage économique en faveur de la transition écologique. Mais lorsque les recettes sur l’essence et le diesel commenceront réellement à s’effondrer, la question ne sera plus de savoir si la fiscalité automobile évoluera, mais sous quelle forme les automobilistes seront appelés à contribuer.
Source : Cour des comptes.




