Les aliments enrichis en protéines envahissent les rayons. Foodwatch a analysé dix références : toutes sont ultra-transformées et certaines très sucrées. L'association réclame un étiquetage obligatoire de l'ultra-transformation sur la face avant des emballages, qui viendrait compléter le Nutri-Score.

Alimentation supermarché - illustration générée par IA
Alimentation supermarché – illustration générée par IA

Les protéines ne sont plus réservées aux shakers des salles de sport. Yaourts, boissons, céréales, pâtes, pains, fromages ou encore barres alimentaires affichent désormais leurs teneurs en protéines en gros caractères sur leurs emballages.

Dans les supermarchés, les gammes « High Protein », « Protein+ » ou « Protein Boost » se multiplient. Même des marques historiquement éloignées de l’univers de la nutrition sportive se sont engouffrées dans le phénomène. Fin 2025, Franceinfo rapportait ainsi que plus de 40 % des innovations alimentaires affichaient une allégation liée aux protéines.

Sur les réseaux sociaux, la tendance est tout aussi visible : porridges enrichis, pancakes protéinés ou recettes conçues pour augmenter les apports se multiplient. Une alimentation qui ciblaient avant les amoureux des salles de musculation touche désormais un public beaucoup plus large et plus jeune.

FoodWatch pointe du doigt 10 produits

C’est dans ce contexte que Foodwatch s’est penchée sur dix aliments mettant particulièrement en avant leur teneur en protéines. La conclusion de l’ONG est sévère : les dix références étudiées sont, selon elle, ultra-transformées.

Foodwatch ne remet pas en cause la présence de protéines dans ces aliments. L’association s’intéresse plutôt à ce que les emballages mettent beaucoup moins en avant : la composition complète des produits.

Parmi les marqueurs d’ultra-transformation relevés figurent notamment des amidons modifiés, de la gomme gellane, du sirop de glucose, mais aussi différentes protéines isolées, épaississants ou édulcorants. Certains produits renferment également des additifs que Foodwatch juge controversés.

Les barres Protein chocolat & cranberries Nature Valley, par exemple, comportent notamment des protéines isolées de soja, de l’oligofructose, du sirop de glucose, du fructose, de la maltodextrine, des lécithines de soja et du glycérol. Foodwatch souligne surtout leur teneur de 20,5 g de sucres pour 100 g.

Même constat pour les céréales Lion Protein de Nestlé. L’ajout de gluten de blé permet de porter la teneur en protéines à 15 g pour 100 g, mais le produit contient toujours 23 g de sucres pour 100 g, selon les données citées par Foodwatch.

Le lait protéiné au chocolat de Lactel apporte de son côté 6 g de protéines pour 100 ml, mais aussi 9,1 g de sucres pour 100 ml, soit autant qu’un soda ! Sa composition comporte également de la gomme gellane, utilisée comme gélifiant.

Des additifs également pointés du doigt

D’autres références attirent l’attention de Foodwatch pour leurs additifs. La boisson HiPro saveur myrtille de Danone associe ainsi protéines de lait, amidon modifié de maïs, pectine de fruits, acésulfame-K et sucralose.

Le Chocolate Mocha Protein Drink de Starbucks contient de son côté des protéines de lait, de la gomme gellane, des carraghénanes ainsi que de l’acésulfame-K. Foodwatch rappelle que ces deux derniers ingrédients font l’objet de travaux scientifiques portant sur leurs éventuels effets sur la santé.

La situation mérite cependant d’être nuancée concernant l’acésulfame-K. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) estimait encore, dans un avis publié le 10 septembre, qu’aucun problème de sécurité n’était identifié aux niveaux d’exposition actuellement constatés, rappelle FranceInfo.

La boisson Protéines Soja d’Alpro, marque du groupe Danone, contient quant à elle de la gomme gellane ainsi que des phosphates de potassium, également critiqués par Foodwatch.

Dans la salade High Protein de Carrefour associant penne complètes, poulet rôti, emmental et amandes, l’association relève notamment de l’amidon modifié de pomme de terre et du disulfite de potassium.

Enfin, Foodwatch identifie également des marqueurs d’ultra-transformation dans les Wasa Protein+, la gourde Whey & fruits d’Andros Sport ou encore le yaourt protéiné myrtille Délisse Sport de Marque Repère.

Le prix des protéines également dans le viseur

L’enquête ne s’arrête pas à la composition. Foodwatch dénonce également le surcoût associé au positionnement protéiné de certains produits.

L’exemple des tartines Wasa est particulièrement parlant : selon les prix relevés par l’association, la version « léger » était vendue 7 euros le kilo, contre 13,95 euros le kilo pour Wasa Protein+, soit presque deux fois plus cher.

Pour Foodwatch, les protéines fonctionnent ainsi comme un puissant argument marketing pouvant détourner l’attention du reste de la composition. L’ONG parle d’un « effet de halo » : la présence du mot « protéines » sur l’emballage peut suffire à donner une image globalement favorable au produit, indépendamment de sa teneur en sucres, de ses additifs ou de son degré de transformation.

Foodwatch veut signaler l’ultra-transformation sur les emballages

Face au développement de ces références, Foodwatch demande désormais de modifier l’information fournie aux consommateurs.

L’association réclame un étiquetage obligatoire de l’ultra-transformation sur la face avant des emballages, qui viendrait compléter le Nutri-Score. Elle estime que les allégations nutritionnelles telles que « riche en protéines » peuvent actuellement occulter d’autres caractéristiques importantes du produit.

Foodwatch porte cette revendication avec Yuka et France Assos Santé, dans le cadre d’une pétition réclamant davantage de régulation des aliments ultra-transformés. Plus de 179 000 signatures avaient déjà été recueillies au moment de la publication de l’enquête.

Yuka dévoile dans une enquête les 7 méthodes qui auraient servi à affaiblir le Nutri-Score et son application

Sources : Foodwatch, FranceInfo