Face à la prolifération du moustique tigre, certains particuliers se tournent vers des pièges capables de diffuser du CO₂ et des attractifs olfactifs. Leur objectif : se faire passer pour une proie humaine afin d’attirer les moustiques avant qu’ils ne viennent nous piquer.

Piège à moustiques au CO₂ installé sur une terrasse
Un piège au CO₂ attire les moustiques en simulant la présence humaine.

Dans certaines communes, profiter de son jardin ou de sa terrasse devient compliqué. À Weyersheim, dans le Bas-Rhin, plusieurs habitants interrogés par France 3 Grand Est décrivent cet été une présence particulièrement gênante du moustique tigre.

Le phénomène aurait notamment été brutal après les épisodes orageux et les fortes pluies. Selon le Syndicat de lutte contre les moustiques du Bas-Rhin cité par nos confrères, il ne s’agirait pas nécessairement d’une population supérieure à celle des années précédentes, mais d’une arrivée massive sur une période très courte.

Face à cette nuisance, vider les coupelles, seaux, récupérateurs et autres petites réserves d’eau reste indispensable. Mais certains particuliers ajoutent désormais une autre arme à leur jardin : les pièges à moustiques utilisant du CO₂ et des attractifs olfactifs.

Un piège qui essaie de se faire passer pour un humain

Le principe repose directement sur la manière dont un moustique trouve sa prochaine victime.

Contrairement à une simple lampe qui attire des insectes grâce à la lumière, certains pièges tentent de reproduire plusieurs signaux associés à la présence d’un être humain.

Le premier est le dioxyde de carbone. Nous en rejetons continuellement lorsque nous respirons et les moustiques femelles y sont sensibles. L’Anses confirme que le CO₂ fait partie des signaux permettant aux moustiques de localiser leurs hôtes.

Certains appareils libèrent donc régulièrement du CO₂ à proximité du piège. Selon leur conception, celui-ci peut provenir d’une bouteille ou être produit à partir d’un autre système prévu par le fabricant.

Mais le CO₂ ne reproduit que notre respiration. Des pièges y ajoutent donc des substances attractives destinées à reproduire certains composés associés à l’odeur humaine.

L’objectif est simple : faire croire au moustique qu’une personne se trouve à proximité.

Une fois attiré, le moustique est aspiré

Le moustique remonte progressivement vers la source du CO₂ et des odeurs. Lorsqu’il arrive suffisamment près de l’appareil, un ventilateur crée généralement une aspiration.

L’insecte est alors envoyé dans un filet, un compartiment ou une chambre de capture dont il ne peut plus ressortir.

L’intérêt de cette méthode est qu’elle ne cherche donc pas seulement à éloigner les moustiques de la terrasse. Elle capture directement une partie des adultes présents autour de la maison.

Les femelles sont particulièrement intéressantes à cibler puisque ce sont elles qui recherchent un repas sanguin avant de poursuivre leur cycle de reproduction.

Le CO₂ seul ne fait cependant pas tout

Attention à ne pas imaginer qu’il suffit de poser une bouteille de CO₂ au milieu du jardin.

L’efficacité dépend du piège utilisé, de son attractif, de son emplacement et de son fonctionnement. Des documents consacrés à la lutte contre Aedes albopictus soulignent notamment l’intérêt de combiner le CO₂ à d’autres attractifs plutôt que de compter uniquement sur le gaz carbonique.

Il faut également laisser à ce type d’installation le temps d’agir. L’objectif n’est pas uniquement de supprimer les quelques moustiques qui tournent autour de la table pendant le dîner, mais de capturer progressivement une partie de ceux qui circulent sur la parcelle.

Et contrairement à une idée répandue, le moustique tigre ne sévit pas uniquement le soir. Il peut piquer en journée, ce qui rend ce type de dispositif potentiellement intéressant autour des terrasses et jardins utilisés plusieurs heures par jour.

Pas une solution miracle contre les moustiques

L’Anses se montre néanmoins prudente sur les promesses commerciales de ces appareils.

L’Agence estime que certains pièges peuvent contribuer à réduire les populations de moustiques mais souligne que leur efficacité est variable. Elle met notamment en garde contre les promesses telles que « zéro moustique » ou « maison sans moustique ».

Ils ne doivent donc pas remplacer la mesure la plus importante contre le moustique tigre : l’élimination des endroits où ses larves peuvent se développer.

Une coupelle sous un pot de fleurs, un jouet abandonné dans le jardin, un seau, une gouttière bouchée ou quelques centimètres d’eau conservés pendant plusieurs jours peuvent suffire à créer un gîte larvaire.

Les autorités sanitaires considèrent ainsi la suppression régulière des petites réserves d’eau stagnante comme l’un des principaux moyens de limiter la prolifération du moustique tigre.

Piège au CO₂ + suppression des eaux stagnantes

Pour un jardin fortement touché, les deux méthodes sont donc complémentaires.

D’un côté, supprimer les eaux stagnantes empêche autant que possible la naissance de nouvelles générations de moustiques. De l’autre, un piège correctement installé cherche à capturer les moustiques adultes qui sont déjà présents.

Dans les zones désormais fortement colonisées, il sera probablement difficile de transformer complètement son jardin en zone sans moustique. Mais cette combinaison peut être une piste pour tenter de réduire suffisamment la pression afin de pouvoir de nouveau profiter de sa terrasse.

À condition, surtout, de ne pas croire aux solutions miracles.

Source : ANSES.