Bouygues Telecom, Free-Groupe Iliad et Orange ont signé un protocole d’accord avec Altice France en vue du rachat de SFR pour 20,35 milliards d’euros. Si l’opération aboutit, elle ouvrirait la voie à une reconfiguration majeure du marché français des télécoms, avec un retour à trois grands opérateurs. Mais le dossier reste soumis aux consultations sociales et aux autorisations réglementaires, notamment celles des autorités de la concurrence.

Bouygues Telecom, Free et Orange s’accordent pour racheter SFR, un nouveau big bang dans les télécoms français
Bouygues Telecom, Free et Orange s’accordent pour racheter SFR, un nouveau big bang dans les télécoms français (image réalisée par ChatGPT)

C’est un séisme potentiel pour le marché français des télécommunications. Bouygues Telecom, Free-Groupe Iliad et Orange ont annoncé samedi 6 juin avoir signé un protocole d’accord avec Altice France en vue de l’acquisition de SFR. Le montant total de l’opération atteint 20,35 milliards d’euros, ce qui en ferait l’une des plus importantes opérations industrielles en Europe dans le secteur des télécoms.

Les négociations exclusives avaient été ouvertes à la mi-avril. Les différents acteurs sont finalement parvenus à un accord samedi 6 juin, au terme de discussions intenses. Cette opération marquerait le début d’une reconfiguration inédite du marché français, avec la disparition possible de SFR comme opérateur indépendant et un retour à trois grands acteurs : Orange, Free et Bouygues Telecom.

Mais rien n’est encore définitivement acquis. Les groupes précisent qu’à ce stade, il n’existe aucune certitude que l’opération soit réalisée. Elle doit encore passer par plusieurs étapes, dont la consultation des instances représentatives du personnel et l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires.

Une opération à 20,35 milliards d’euros

Le protocole d’accord porte donc sur une valorisation des actifs concernés d’Altice France à 20,35 milliards d’euros en valeur d’entreprise, sous réserve d’ajustements au moment de la finalisation de l’opération.

Un complément de prix potentiel pourrait atteindre 650 millions d’euros à la clôture de la transaction. Des mécanismes d’ajustement à la baisse sont également prévus, notamment en fonction de la performance financière de SFR jusqu’au closing, ainsi que des clauses de sauvegarde et des ajustements usuels de dette nette.

Selon la répartition envisagée, Bouygues Telecom prendrait à sa charge environ 42 % du prix, Free-Groupe Iliad 31 % et Orange 27 %. Ces pourcentages pourraient toutefois évoluer d’ici la finalisation de l’opération, notamment en fonction de l’évolution des bases clients.

La signature de la documentation juridique définitive est attendue au second semestre 2026, tandis que la réalisation effective de la transaction pourrait intervenir au second semestre 2027, sous réserve des autorisations nécessaires.

Comment SFR serait partagé entre les trois opérateurs

L’opération ne consisterait pas en un rachat de SFR par un seul acteur, mais en un partage de ses actifs entre Bouygues Telecom, Free et Orange.

Bouygues Telecom reprendrait notamment l’activité SFR Business, c’est-à-dire les offres destinées aux entreprises, ainsi qu’une partie de l’activité grand public. Le périmètre envisagé représenterait environ 3,8 millions de clients mobile B2C et 2,6 millions de clients fixe B2C. Bouygues récupérerait aussi certains actifs réseau, dont le réseau mobile de SFR en zones non denses, actuellement partagé dans le cadre de l’accord Crozon.

Free-Groupe Iliad accueillerait plus de 8 millions d’abonnés supplémentaires, dont l’intégralité de la base clients RED by SFR, soit environ 6 millions d’abonnés, ainsi qu’une partie des activités grand public de SFR. Le groupe récupérerait également un portefeuille de 50 MHz de fréquences réparties sur plusieurs bandes.

Orange, de son côté, reprendrait environ 4 millions de clients mobile et 1 million de clients haut débit fixe, comprenant une partie des clients de la marque SFR, l’activité prépayée de SFR, ainsi que les clients des marques Coriolis, Syma et Réglo. Orange obtiendrait aussi 47 MHz de spectre additionnel, ce qui renforcerait son portefeuille de fréquences en France.

Bouygues Telecom veut changer d’échelle

Pour Bouygues Telecom, cette opération représenterait un changement de dimension. La reprise d’une partie de l’activité grand public de SFR lui permettrait de renforcer fortement sa présence sur les marchés mobile et fixe.

L’opérateur accueillerait environ 3,8 millions de clients mobile et 2,6 millions de clients fixe supplémentaires. Sur la base des données de fin 2025, cela représenterait une hausse de près de 50 % de sa base clients fixe.

Mais le principal enjeu pour Bouygues se situe aussi sur le marché professionnel. En reprenant SFR Business, l’opérateur renforcerait fortement sa présence auprès des PME, ETI, grands comptes, collectivités et administrations publiques. L’objectif serait de devenir un challenger plus puissant dans les services aux entreprises, avec des offres élargies en connectivité fixe et mobile, cloud, cybersécurité, communications unifiées et services numériques.

Bouygues Telecom met également en avant la sécurisation de son réseau sur le long terme, notamment grâce à la reprise du réseau mobile de SFR en zone non dense, déjà partagé dans le cadre du projet Crozon.

Free veut devenir le premier opérateur alternatif

Pour Free-Groupe Iliad, le rachat d’une partie de SFR serait une étape majeure. Le groupe récupérerait plus de 8 millions d’abonnés supplémentaires, dont les clients RED by SFR (6 millions d’abonnés), une partie des clients grand public SFR et certains clients professionnels TPE sous marque SFR.

Après l’opération, Iliad compterait près de 31 millions d’abonnés en France. Le groupe se rapprocherait ainsi de son ambition : devenir le premier opérateur alternatif du marché.

Free insiste sur un point : “Free restera Free”. Le groupe affirme vouloir conserver son rôle de challenger, avec une stratégie fondée sur l’innovation, la simplicité et des prix justes. L’opération lui donnerait davantage de moyens pour investir dans les réseaux, la fibre, les datacenters, le cloud et les infrastructures liées à l’intelligence artificielle.

Iliad indique également avoir déjà sécurisé un financement de 6,5 milliards d’euros pour sa part de l’acquisition.

Orange renforcerait encore sa position de leader

Pour Orange, cette opération s’inscrit dans une stratégie de consolidation en Europe. L’opérateur historique récupérerait environ 4 millions de clients mobile et 1 million de clients haut débit fixe, ce qui représenterait une hausse de 18 % de sa base clients mobile en France et de 8 % de sa base clients fixe.

Orange reprendrait également un portefeuille de 47 MHz de fréquences, représentant 31 % des fréquences de SFR. Avec un total de 221 MHz, Orange confirmerait ainsi sa position d’opérateur disposant du plus important portefeuille de fréquences en France.

Le périmètre repris par Orange représentait en 2025 environ 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 0,6 milliard d’euros d’EBITDAaL. Après réalisation des synergies, l’EBITDAaL du périmètre acquis représenterait une contribution annuelle positive d’environ 0,9 milliard d’euros dans les comptes d’Orange France.

Les salariés de SFR protégés jusqu’à début 2029

Le volet social constitue l’un des points sensibles de l’opération. Les trois opérateurs se sont engagés à garantir un emploi aux salariés du périmètre repris jusqu’à début 2029, soit par la poursuite de leur emploi, soit par une proposition d’emploi.

Bouygues Telecom, Free et Orange indiquent également qu’un dialogue social sera ouvert avec les organisations syndicales représentatives compétentes de SFR. Une phase de consultation doit être engagée rapidement avec les instances représentatives du personnel.

Les opérateurs soulignent que la réussite d’une telle opération dépendra fortement des équipes de SFR, de leur connaissance des réseaux, des systèmes, des clients et des territoires. La migration de millions d’abonnés, d’infrastructures et de systèmes constitue en effet un programme industriel de plusieurs années.

Une opération encore loin d’être bouclée

Malgré la signature du protocole d’accord, l’opération reste néanmoins loin d’être finalisée. Elle doit encore franchir plusieurs étapes : consultation des instances représentatives du personnel, signature de la documentation juridique définitive, autorisations réglementaires et levée des conditions suspensives.

Les autorités de la concurrence auront un rôle central à jouer. Le passage de quatre à trois grands opérateurs en France représente une transformation majeure du marché. Les groupes insistent sur le fait que l’opération préserverait une concurrence forte, mais son examen réglementaire sera déterminant.

Dans l’attente, toutes les parties continueront d’opérer de manière indépendante.

Sources : FranceInfo, Iliad, Orange, Bouygues Telecom