Les robots humanoïdes ne se contentent pas de démonstrations ou de bosser dans les usines. Ils apprennent à nous ressembler physiquement et s'invitent dans les événements du quotidien. C'est en tout cas ce que les dernières avancées en termes de robotique nous ont appris alors que ces machines arriveront un jour dans nos foyers.

Revue Science Robotics janvier 2026
Revue Science Robotics janvier 2026

La revue Science Robotics de janvier 2026 nous a présentés un robot humanoïde dont le visage en silicone est criant de réalisme. Ce qui frappe le plus, c’est que ses lèvres bougent de manière naturelle. Ce sont les chercheurs de l’université Columbia, à New York, qui ont résolu ce problème de communication entre les robots et les humains.

Un robot qui reprend exactement les expressions humaines

Lors d’une discussions, les mouvements des lèvres captent environ la moitié de l’attention visuelle. Quand le son et les mouvements sont décalés, comme dans une vidéo mal synchronisée, cela crée une sorte de malaise.

« À l’avenir, les robots devront avoir un visage », prédit le roboticien Hod Lipson dans un communiqué du laboratoire.« Et quand ils auront finalement un visage, ils devront bouger les yeux et les lèvres correctement, au risque sinon de rester indéfiniment dans le domaine de l’étrange. »

L’équipe a donc créé un visage en silicone souple avec 26 moteurs. Mais les chercheurs n’ont pas programmé chaque mouvement : ils ont opté pour l’apprentissage par observation. Devant un miroir, le robot a d’abord appris à gérer ses muscles faciaux en regardant son reflet. Ensuite, il a visionné des heures de vidéos sur YouTube pour imiter les mouvements de lèvres des humains.

Le résultat : un robot capable de former 24 consonnes et 16 voyelles avec ses lèvres. Mais ce n’est pas tout puisqu’il peut aussi parler et chanter de manière synchronisée pour la première fois. Cette progression rejoint d’autres efforts pour humaniser l’apparence des robots. Tesla et Samsung travaillent ensemble sur des écrans OLED de 8 pouces pour le visage des futurs robots Optimus. Des dalles flexibles qui permettront d’afficher des expressions faciales dynamiques. L’interaction visuelle entre l’humain et le robot sera donc plus riche.

Un robot humanoïde a défilé à Paris pour le Nouvel An chinois

Mais ce n’est pas tout puisque le dimanche 1er février 2026, un robot humanoïde a participé au défilé du Nouvel An chinois sur les Champs-Élysées. Plus exactement, il s’agissait du G1 fabriqué par Unitree Robotics. La machine a défilé près des danseurs et des dragons pour célébrer la nouvelle année chinoise du Cheval de feu.

Le robot a aussi salué la foule, envoyé des baisers avec un signe de la main, marché sous un parapluie tenu par un humain, etc. « Une symbiose artistique et technologique entre des danses millénaires et une machine qui montre la voie vers l’avenir », décrit Stéphane Bohbot, président du groupe Innov8 et surtout partenaire d’Unitree Robotics pour la distribution en France.

Le robot en question mesure un peu moins d’1,30 m, pèse 25 kg et peut se déplacer pendant près de trois heures avec sa batterie. « Il a aussi un mode course, à la vitesse d’un footing, qui n’a pas été montré en raison de la météo », précise Stéphane Bohbot. La démonstration du Nouvel An chinois à Paris a toutefois demandé plusieurs mois de préparation. « Sur les pavés mouillés, tout s’est déroulé sans accroc. On l’a aussi entraîné pour certaines danses. C’était un vrai exercice de style. », ajoute-t-il.

Mais il faut toutefois noter que le robot du défilé n’était pas autonome. C’est un téléopérateur humain qui le gérait à distance. « L’idée est aussi de familiariser la population avec la machine », explique Stéphane Bohbot. Selon lui, l’objectif dépasse la prouesse technique. Cette stratégie de faire entrer les robots dans nos quotidiens n’est pas propre à Innov8. La Chine multiplie les événements spectaculaires pour habituer sa population à ses robots humanoïdes. En 2025, le pays a organisé des jeux olympiques de robots humanoïdes et des semi-marathons.

Lors du gala du Nouvel An chinois 2025, une chorégraphie avec 16 robots Unitree a été diffusée sur CCTV, la première chaîne de télévision du Parti communiste chinois. Rappelons que certains fabricants chinois ont déjà mis leurs robots en vente et qu’ils ont été épuisés en quelques jours. Le G1 se vend entre 20 000 et 50 000 euros selon les options, notamment le nombre de doigts. « Certaines études estiment qu’il y aura près d’un milliard de robots déployés dans le monde en 2050, soit un pour dix habitants », avance Stéphane Bohbot.

Le marché des robots humanoïdes va exploser dans quelques années

Le marché mondial de la robotique humanoïde est estimé à plus de 38 milliards de dollars d’ici 2035, selon McKinsey. Le fondateur d’Innov8 ne s’en cache pas. Les robots humanoïdes dans nos maisons sont un objectif « dans un horizon de 10 ans » pour remplir des tâches ménagères chez soi. Une ambition partagée par des constructeurs majeurs. Lors du CES 2026, LG a présenté CLOiD, qui est capable d’ouvrir un réfrigérateur, de réchauffer un plat au four, de plier le linge. Idem pour SwitchBot avec son Onero H1. Il s’agit d’un robot sur roues avec des bras articulés à 22 degrés de liberté pour saisir les objets ou encore remplir un lave-vaisselle.

La société américaine 1X Technologies propose déjà son robot Neo en précommande à 20 000 dollars avec une livraison pour 2026. Son modèle NEO Gamma adopte même un revêtement en tissu doux au toucher et évite l’aspect métallique.

Malgré tous ces progrès, les robots humanoïdes sont loin d’être autonomes. Le G1 du défilé parisien était télécommandé, comme expliqué précédemment. Stéphane Bohbot explique que « l’ambition est de le rendre progressivement autonome ». L’entreprise planche en ce moment sur l’IA et l’aspect logiciel. Car oui, derrière les démonstrations spectaculaires se cachent souvent des opérateurs humains. En Chine, ce sont des centaines de « cyber-travailleurs » qui passent leur journée équipés d’exosquelettes et de casques VR. Le but est d’enregistrer leurs mouvements et d’entraîner l’IA des robots.

Ces données sont très importantes pour que les machines s’adaptent aux maisons parfois imprévisibles. Et lors du CES 2026, même les robots les plus avancés ont montré leurs faiblesses. Le CLOiD de LG a mis beaucoup de temps à mettre un simple vêtement dans une machine à laver. Alors pourquoi payer jusqu’à 25 000 dollars pour une tâche que l’on peut faire soi-même en quelques secondes ?

« Il y a tout le fantasme sur le risque que représenterait le robot pour l’humanité, qui est développé dans la science-fiction », reconnaît Stéphane Bohbot. « Mais il faut avoir en tête qu’on a la main sur cette intelligence. L’IA est un vrai accélérateur de développement pour la robotique intelligente, à nous d’en définir le cadre d’utilisation et les fonctions. »

Mais quid des risques de cybersécurité ?

Les risques de cybersécurité existent bien. Des chercheurs ont démontré qu’il était possible de pirater un robot humanoïde par une simple commande vocale. Il est même possible de contaminer ceux à proximité comme un virus, le tout sans même être connecté à internet. Alors les robots domestiques pensés pour nous aider pourraient se transformer en espions, voire en agresseurs.

Le président d’Innov8 souhaite que la France et la Chine collaborent ensemble. Pour lui, les équipes chinoises ont « a clairement une longueur d’avance sur la fabrication du corps des robots ». L’humanisation des robots passe donc par deux stratégies. La première, c’est la ressemblance physique avec des visages expressifs, des lèvres synchronisées, des peaux artificielles douces au toucher. La seconde, c’est l’intégration sociale, les faire apparaître lors d’événements culturels, de défilés ou de chorégraphies.

L’évolution est fulgurante depuis les premiers prototypes. Au début, les robots humanoïdes exécutaient des tâches répétitives en usine, mais désormais, ils sont capables de courir, danser et interagir. Selon Bank of America, il se vendra un million de robots humanoïdes par an en 2030. Les prix continueront de baisser et deux personnes sur dix pourraient avoir l’une de ces machines en 2060.

Sources : Science Robotics, France Info