Une enquête de la cellule investigation de Radio France et du réseau ICI révèle la présence de PFAS dans 52 des 91 échantillons d'œufs analysés partout en France. Parmi eux, 23 dépassent la norme de qualité et certains affichent des niveaux particulièrement élevés.

Oeufs aussi contaminés par les PFAS
Oeufs aussi contaminés par les PFAS

Nous sommes cernés par les « polluants éternels ». Les fameux PFAS se retrouvent aussi dans nos œufs selon une enquête de la cellule investigation de Radio France et des 44 locales du réseau ICI. Ils ont fait analyser 91 échantillons d’œufs prélevés partout en France entre janvier et juillet 2026, par le laboratoire agréé Labocéa, et le résultat est assez préoccupant.

52 échantillons contiennent effectivement des PFAS, soit près de 60 % de ceux analysés. Plus inquiétant encore, 23 dépassent la norme de qualité, avec une dizaine de dépassements importants et deux cas particulièrement élevés.

L’enquête porte majoritairement sur des œufs de particuliers, mais comprend également une quarantaine d’échantillons achetés auprès de producteurs. Tous proviennent de poules élevées en plein air.

Jusqu’à 40 fois la norme de qualité

Le niveau le plus important a été relevé à Haraucourt, dans les Ardennes, chez un couple de maraîchers dont les sols et le puits étaient déjà connus pour être contaminés. Leurs œufs présentent des concentrations en PFAS presque 40 fois supérieures à la norme de qualité.

La contamination de leurs terres est reliée à l’épandage, par un précédent propriétaire, de boues provenant de la station d’épuration d’une papeterie située à Stenay, dans la Meuse. Le couple a porté plainte contre X en mars pour mise en danger de la vie d’autrui.

Autre résultat particulièrement élevé à Pierre-Bénite, dans le Rhône, à proximité du « couloir de la chimie ». Les œufs provenant du jardin d’un particulier contiennent dix fois plus de PFAS que la norme de qualité. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes avait déjà recommandé en 2023 aux particuliers de cette zone de ne plus consommer leurs œufs.

Des dépassements importants ont également été observés au Tholy dans les Vosges, au Boulou dans les Pyrénées-Orientales, à Renage en Isère, à Saint-Péray en Ardèche ou encore à Chartres-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine.

Les œufs des particuliers davantage exposés

Les dépassements apparaissent beaucoup moins fréquemment dans les œufs provenant de producteurs : quatre échantillons sont concernés.

L’enquête avance une explication à cette différence. Les poules des particuliers peuvent être davantage exposées à leur environnement puisqu’elles grattent directement le sol et consomment des insectes ou des vers de terre susceptibles d’être eux-mêmes contaminés.

Les analyses ont recherché quatre PFAS : PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS. Il s’agit de molécules anciennes et particulièrement documentées sur le plan toxicologique. Le PFOA est notamment classé cancérogène pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer, tandis que le PFOS est classé comme possiblement cancérogène.

Un dépassement ne signifie pas que manger un œuf rend malade

Radio France rappelle toutefois qu’un dépassement de la norme de qualité ne signifie pas qu’une personne tombera automatiquement malade après avoir consommé ces œufs. Il constitue en revanche un indicateur d’exposition à des substances extrêmement persistantes.

À partir de la valeur toxicologique de référence retenue par l’autorité sanitaire européenne pour ces quatre PFAS, l’enquête indique qu’un enfant de 20 kg ne devrait pas consommer plus d’un œuf par semaine contenant la quantité réglementaire de PFAS. Pour un adulte de 70 kg, ce maximum serait de quatre œufs par semaine, à condition de ne pas être exposé à ces PFAS par d’autres aliments.

La situation est différente pour les professionnels : depuis 2023, l’Union européenne impose des teneurs maximales en PFAS pour certaines denrées, dont les œufs. Leur dépassement peut donc conduire à une interdiction de commercialisation.

Les boues d’épuration dans le viseur

L’enquête confirme la contamination déjà connue dans la vallée du Rhône, mais pointe également des pollutions très localisées liées notamment aux épandages de boues de stations d’épuration.

Utilisées comme fertilisant sur des terres agricoles, ces boues peuvent concentrer des molécules chimiques. Avec le ruissellement, les polluants peuvent ensuite contaminer les sols et les eaux souterraines.

Depuis l’été 2026, une quantité limite de PFAS a été fixée pour ces boues. La question de l’indemnisation des exploitants touchés refait également surface, avec la possibilité de relancer le Fonds de garantie des risques liés aux épandages, actuellement doté d’environ 3,7 millions d’euros.

Source : Franceinfo