Roborock veut élargir la distribution de ses tondeuses, mais reste prudent sur le Saros Rover et les humanoïdes. Frank Wu, vice-président européen, nous explique pourquoi.
Nous avons rencontré Frank Wu, vice-président de Roborock pour l’Europe de l’Ouest. Alors que le constructeur chinois multiplie les innovations et cherche à se développer au-delà des aspirateurs robots, nous avons voulu en savoir davantage sur ses ambitions.
Trois sujets ont particulièrement retenu notre attention : la distribution des robots tondeuses, l’avenir du Roborock Saros Rover capable de monter les escaliers et une éventuelle arrivée sur le marché des robots humanoïdes.
Les réponses de Frank Wu révèlent une stratégie commune à ces trois domaines : Roborock veut avancer, mais préfère prendre son temps avant de généraliser une nouvelle technologie ou de s’attaquer à un nouveau marché.
Les robots tondeuses Roborock vont-ils enfin arriver chez les grands distributeurs ?
L’année dernière, Roborock avait fait un choix assez surprenant pour une marque déjà bien implantée chez les grandes enseignes : commercialiser ses robots tondeuses Roborock principalement auprès de revendeurs spécialisés. Difficile, dans ces conditions, de les retrouver dans les circuits habituels comme Amazon, Darty ou Boulanger.
Nous avons donc demandé à Frank Wu si cette stratégie allait évoluer avec les nouvelles générations de tondeuses.
La réponse est oui, mais progressivement. Le dirigeant confirme que Roborock a volontairement commencé par les réseaux spécialisés, tout en ayant pour ambition d’élargir sa distribution aux circuits grand public.
Amazon et MediaMarkt font notamment partie des distributeurs évoqués par Frank Wu. Il précise que cet élargissement a déjà commencé, sans donner de calendrier précis ni confirmer de nouveaux accords avec des enseignes françaises.
Pourquoi cette prudence ? Selon lui, les robots tondeuses nécessitent encore une certaine expertise pour être correctement commercialisés. Roborock veut s’assurer que les revendeurs disposent des compétences nécessaires pour conseiller les consommateurs et leur fournir un service adapté.
La marque privilégie donc une ouverture progressive de ses canaux de distribution, au rythme auquel elle estime pouvoir garantir la qualité de l’accompagnement.
Cette approche contraste avec celle de plusieurs concurrents qui ont rapidement investi les grandes enseignes et les marketplaces. Pour Roborock, l’enjeu semble être de développer les volumes sans dégrader l’expérience client.
Une chose est désormais claire : Roborock ne compte pas réserver durablement ses tondeuses aux seuls spécialistes. Reste à savoir quand les consommateurs français pourront les retrouver aussi facilement que ses aspirateurs robots.
Saros Rover : pourquoi Roborock ne commercialise-t-il pas encore son robot qui monte les escaliers ?
Avec le Saros Rover, Roborock explore une nouvelle manière de déplacer les aspirateurs robots. Grâce à une architecture combinant roues et jambes articulées, ce concept entend s’affranchir de l’une des principales limites des robots domestiques : les escaliers.
Mais une telle mécanique soulève immédiatement une question. Faire monter des marches à un robot équipé de moteurs, d’une batterie et de tout son système de nettoyage ne risque-t-il pas de pénaliser fortement son autonomie ?
Nous avons posé la question à Frank Wu. Sa réponse est particulièrement intéressante.
Selon lui, le principal problème n’est ni la batterie ni l’autonomie. Roborock estime disposer des solutions techniques nécessaires pour gérer ces contraintes.
Le véritable défi est ailleurs : garantir que le robot puisse évoluer sans danger dans toutes les situations auxquelles il pourrait être confronté dans une maison.
Faire monter un prototype dans un escalier dégagé, lors d’une démonstration parfaitement maîtrisée, est une chose. Le commercialiser pour qu’il se déplace quotidiennement entre plusieurs étages en est une autre.
Frank Wu prend deux exemples très concrets : que se passe-t-il si un enfant ou un chien se trouve dans l’escalier au moment où le robot commence à monter ?
Le constructeur doit anticiper ces situations, mais aussi les nombreuses configurations d’escaliers et les obstacles imprévus.
Le dirigeant établit ainsi une distinction entre une technologie suffisamment aboutie pour être présentée et une technologie prête à être commercialisée. Il évoque, à titre d’illustration, un fonctionnement possible dans 90 % des situations pour une démonstration. Mais ce niveau ne serait pas suffisant pour proposer le produit au grand public.
Il ne s’agit pas d’un taux de réussite mesuré du Saros Rover, mais d’une manière d’expliquer les exigences différentes entre un prototype et un produit commercial.
Roborock préfère donc attendre d’être suffisamment confiant dans la capacité de son système à gérer les situations réelles avant d’envisager sa commercialisation.
Cette réponse change la manière d’aborder le Saros Rover. Le principal obstacle mis en avant par Roborock n’est pas la consommation énergétique de ses jambes articulées, mais la fiabilité et la sécurité du robot dans un environnement domestique imprévisible.
Aucune date de commercialisation n’a été annoncée lors de notre échange.
Roborock pourrait-il se lancer dans les robots humanoïdes ?
Les robots humanoïdes attirent de plus en plus les constructeurs chinois. Plusieurs entreprises technologiques investissent dans ces machines capables de reproduire certains mouvements humains, avec l’ambition de leur confier à terme des tâches domestiques ou professionnelles.
Pour Roborock, qui possède déjà une expertise dans la robotique domestique et développe de nouvelles architectures de déplacement, la question se pose naturellement.
Nous avons donc demandé à Frank Wu si le constructeur envisageait de se lancer sur ce marché.
Le vice-président ne ferme pas la porte, mais refuse de faire de l’humanoïde un objectif en soi. Il explique que Roborock fonde ses décisions sur deux critères. Le premier est l’existence d’un besoin réel chez les utilisateurs. Le second est la capacité de l’entreprise à proposer une technologie suffisamment performante pour répondre à ce besoin, idéalement mieux que ses concurrents.
C’est cette logique qui guide, selon lui, l’évolution des aspirateurs robots et l’arrivée de Roborock sur de nouvelles catégories comme les tondeuses.
Autrement dit, le constructeur ne souhaite pas développer un robot humanoïde simplement parce que cette technologie devient populaire.
Frank Wu reconnaît néanmoins qu’une arrivée sur ce marché pourrait être envisagée lorsque les conditions seront réunies. Mais il précise que ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.
Cette déclaration ne constitue donc ni l’annonce d’un humanoïde Roborock ni la confirmation d’un projet en développement.
Elle montre toutefois que la marque n’exclut pas cette évolution à plus long terme, à condition d’y trouver une véritable utilité et de disposer des technologies nécessaires.
Une stratégie de développement qui privilégie la prudence
Ces trois réponses dessinent finalement une même ligne stratégique.
Roborock veut rendre ses tondeuses plus accessibles, mais sans précipiter leur arrivée chez tous les distributeurs. Le constructeur poursuit ses travaux sur le Saros Rover, mais considère que la sécurité doit être suffisamment maîtrisée avant toute commercialisation. Quant aux humanoïdes, ils restent une possibilité plutôt qu’une priorité annoncée.
Ce discours traduit une volonté de croissance progressive, dans un secteur où les fabricants chinois rivalisent pourtant d’annonces et de démonstrations technologiques.
Reste à voir si Roborock parviendra à conserver cette approche face à des concurrents toujours plus rapides pour lancer de nouvelles catégories de produits.


