iRobot a annoncé avoir finalisé son rachat par Picea à l’issue d’une procédure de restructuration type Chapter 11. Un changement d’actionnariat qui pose une question immédiate : qui est ce groupe industriel discret, et qu’est-ce que ça implique pour les robots connectés Roomba qui collectent des données ?
iRobot indique dans un communiqué publié le 23 janvier dernier avoir bouclé une transaction stratégique avec Shenzhen Picea Robotics et Santrum Hong Kong, réunies sous le nom de Picea. À l’issue de l’opération, Picea détient désormais 100 % du capital d’iRobot, qui sort d’un Chapter 11 préétabli et affirme repartir avec une base financière renforcée pour investir dans une nouvelle génération de robots domestiques.
iRobot passe sous contrôle chinois, ce que ça va changer pour les Roomba
Dans sa communication, iRobot insiste sur un point : Picea n’est pas un inconnu dans l’écosystème Roomba. Le groupe est effectivement présenté comme le principal fabricant sous contrat d’iRobot et comme un créancier garanti. Pendant la restructuration, il aurait fourni des liquidités et un soutien opérationnel jugés indispensables pour maintenir la continuité auprès des clients, des employés et des partenaires.
Ce rachat met en lumière un basculement déjà visible dans le marché des robots aspirateurs : la chaîne de valeur est de plus en plus pilotée par de grands industriels asiatiques, capables de concevoir, produire et fournir des technologies clés à de nombreuses marques, parfois jusqu’à devenir propriétaires.
Mais qui est donc Picea Robotics ?
Picea Robotics, basé à Shenzhen et également connu sous le nom 3irobotix, est présenté comme l’un des plus grands ODM (Original Design Manufacturer) de robots aspirateurs. Sur le site de sa maison-mère, les logos d’iRobot, Xiaomi, Shark et Anker (maison-mère d’Eufy) apparaissent comme partenaires. Cela permet de jauger son poids industriel sur le marché.
The Verge fait également état, dans un récent papier sur Picea, de rumeurs qui circulent sur Reddit et qui concernent une éventuelle fabrication par Picea du nouveau robot Dyson Spot+Scrub AI. Labo Maison s’est tourné vers Dyson pour confirmer ou infirmer cette information. Nous ne manquerons pas de le signaler.

Un ODM (Original Design Manufacturer) est un industriel qui conçoit et fabrique un produit qui peut ensuite être vendu sous la marque d’un tiers. Concrètement, une marque peut commercialiser un robot aspirateur “à son nom” tout en s’appuyant sur la R&D, les plateformes techniques et les usines d’un ODM. Dans le cas de Picea, cela signifie qu’il peut être à la fois fabricant pour plusieurs marques… et désormais propriétaire de l’une des plus connues : iRobot/Roomba.
Pourquoi iRobot s’est rapproché de Picea
Le rapprochement ne date pas d’hier. Après l’échec du rachat par Amazon début 2024, iRobot avait annoncé vouloir réduire ses coûts, notamment en déplaçant une partie de ses efforts d’ingénierie « non cœur » à l’étranger et en cherchant des économies sur la fabrication. Dans ce contexte, l’entreprise a recruté Picea comme fabricant sous contrat, avant de lancer une nouvelle génération de Roomba l’année suivante.

Cette nouvelle gamme a d’ailleurs nourri un débat chez les observateurs et testeurs : les modèles récents seraient plus proches de robots “milieu de gamme” au design générique et navigation LiDAR que de l’ADN historique des Roomba. Certains retours de tests évoquent même des problèmes significatifs sur des modèles comme les Roomba 505 et 205, signe que la transition industrielle et technologique n’a pas été sans heurts.
Un industriel mondial : Chine, Vietnam et R&D
Picea, qui fait partie de Picea Corp., indique disposer de centres de R&D et de sites de production en Chine et au Vietnam. Le groupe revendique avoir fabriqué et vendu plus de 20 millions de robots aspirateurs.
L’entreprise possède aussi une filiale, Picea Motion, spécialisée dans le développement d’actionneurs et de composants de robotique (harmonic drives) utilisés dans différents domaines de la robotique.
Picea possède aussi sa propre marque d’aspirateurs robots : 3i
Depuis quelques années, Picea ne se limite plus à produire pour les autres : il a lancé sa propre gamme sous la marque 3i. Parmi les produits, certains reprennent des idées vues ailleurs sur le marché, comme un système de compactage de poussière rappelant celui d’un Roomba 205.
Notre test du 3i S10 Ultra met également le doigt sur des approches techniques originales sur le haut de gamme. Cet aspirateur robot possède effectivement un système de recyclage de l’eau via déshumidification et une détection de saleté par lumière verte capable de repérer des taches et de repasser dessus.
Voilà une logique qui rappelle des fonctions mises en avant par Dyson…
Le S10 Ultra possède également un système d’hydratation en 12 points qui nettoie le rouleau à chaque rotation, comme le Dyson.

Le sujet le plus sensible : la gouvernance des données
Avec les robots connectés, la question des données est devenue centrale. iRobot explique avoir mis en place des mesures structurelles et juridiques pour protéger les données des consommateurs américains et internationaux. La mesure la plus visible : la création d’une filiale distincte basée aux États-Unis, iRobot Safe Corporation.
Cette entité est présentée comme un pare-feu destiné à maintenir une séparation claire entre la propriété non américaine d’iRobot (désormais Picea) et les données des utilisateurs. iRobot Safe doit être gouvernée par un conseil d’administration indépendant composé de citoyens américains, avec un responsable indépendant de la sécurité des données basé aux États-Unis et un directeur général, soumis à des critères d’éligibilité stricts.
Ce que ça change pour Roomba : continuité annoncée, futur à surveiller
iRobot affirme vouloir continuer à opérer comme une entreprise mondiale basée aux États-Unis, en conservant son siège à Bedford (Massachusetts) ainsi que ses activités d’ingénierie et de développement produit sur place. En revanche, la société devient privée, détenue intégralement par Picea.
Pour les propriétaires de Roomba, le message immédiat est rassurant : continuité annoncée du support, et mise en place d’une structure dédiée à la gouvernance des données. Mais à moyen terme, l’avenir de Roomba sous actionnariat Picea reste à observer : feuille de route produits, stratégie logicielle, qualité de l’expérience et du SAV.
Une tendance, elle, est déjà claire : la domination du marché du robot aspirateur par des marques, industriels et plateformes de production liés à la Chine ne cesse de progresser — et le passage de Roomba sous contrôle de Picea en est un symbole fort.










