Dans son usine de Douai, Renault teste un nouvel ouvrier pour le moins inhabituel. Baptisé Calvin, ce robot humanoïde français transporte des pneus et peut manipuler jusqu’à 50 kg.
Il marche sur deux jambes, possède deux bras mais pas vraiment de tête. Depuis plusieurs mois, un drôle de nouvel arrivant évolue dans l’usine Renault de Douai, dans le Nord. Son nom : Calvin, un robot humanoïde développé par la société française Wandercraft.
Et il ne s’agit plus seulement d’un prototype destiné à impressionner lors d’un salon technologique. Renault l’utilise dans un véritable environnement industriel afin d’évaluer sa capacité à effectuer certaines des tâches les plus pénibles réalisées quotidiennement dans ses usines.
Calvin transporte deux pneus à la fois chez Renault
Pour son premier véritable métier, Renault n’a pas choisi la facilité. Calvin est actuellement testé dans l’atelier des roues du site de Douai.
Le robot doit saisir deux pneus simultanément, représentant environ 30 kg, puis les déplacer. Renault indique que Calvin est capable de transporter des charges comprises entre 40 et 50 kg, alors que le constructeur estime que de nombreux robots mobiles actuellement disponibles se limitent plutôt à 3 à 10 kg.
Cette capacité n’est pas seulement destinée à établir une performance technique. La manutention répétée de pièces lourdes fait précisément partie des opérations que Renault souhaite progressivement retirer aux salariés.
Le constructeur veut confier aux robots humanoïdes les gestes particulièrement contraignants : déplacement de charges lourdes, manipulation de pièces coupantes ou encore répétition de mouvements susceptibles de provoquer de la fatigue physique.
Selon L’Usine Nouvelle, Calvin mesure environ 1,70 m et est testé à Douai depuis février 2026. Le robot aurait notamment été évalué sur une dizaine de tâches différentes.
Pourquoi utiliser un humanoïde alors que Renault possède déjà 11 000 robots ?
Les robots sont pourtant loin d’être une nouveauté dans les usines automobiles.
Renault Group utilise la robotique industrielle depuis plus de cinquante ans et revendique aujourd’hui 11 000 robots industriels à six axes répartis dans 23 usines. À cela s’ajoutent environ 5 000 AGV, ces véhicules autonomes qui transportent des composants dans les ateliers, ainsi qu’une centaine de robots mobiles autonomes.
Alors pourquoi ajouter un robot ressemblant à un humain ?
La différence tient surtout à sa polyvalence. Un bras robotisé traditionnel est extrêmement efficace, mais généralement conçu autour d’une mission précise : souder une pièce, déposer de la colle ou déplacer un composant entre deux points. Modifier son travail peut nécessiter de transformer le poste lui-même.
Calvin doit fonctionner différemment. Grâce à ses jambes, ses bras, ses capteurs et ses logiciels, il peut théoriquement évoluer dans un environnement initialement pensé pour des humains et changer de tâche sans reconstruire entièrement l’installation industrielle autour de lui.
Des capteurs jusque sous les pieds pour éviter la chute
Transporter 30 ou 40 kg tout en marchant sur deux jambes représente cependant un défi autrement plus complexe que déplacer une caisse sur des roues.
Calvin doit constamment corriger son équilibre.
Wandercraft et Renault ont donc équipé le robot de centrales inertielles placées dans ses membres, de capteurs de force sous ses pieds et d’une caméra RGB-D capable d’obtenir des informations de profondeur sur son environnement.
Toutes ces données sont utilisées pour ajuster sa posture et ses déplacements en temps réel.
Wandercraft évoque également un système de vision 3D associé à des technologies de reconnaissance reposant sur l’intelligence artificielle. Le constructeur travaille parallèlement sur un système de sécurité devant permettre au robot d’évoluer dans des locaux fréquentés par des humains sans devoir être enfermé derrière une barrière.
C’est ce que Renault regroupe sous le terme d’« intelligence artificielle physique » : une IA qui ne se contente plus de produire du texte ou d’analyser des informations, mais qui doit percevoir le monde réel et commander une machine capable d’agir dessus.
Une technologie issue des exosquelettes médicaux
Calvin ne sort pas totalement de nulle part. Fondée en 2012, Wandercraft s’est d’abord spécialisée dans les exosquelettes médicaux, notamment avec Atalante, conçu pour permettre à certaines personnes souffrant de troubles sévères de la marche de se tenir debout et de marcher lors de séances de rééducation.
L’entreprise indique avoir déployé une centaine d’exosquelettes Atalante dans des établissements médicaux répartis sur quatre continents.
Cette expérience a donné à Wandercraft plusieurs années d’avance sur l’un des problèmes fondamentaux des robots humanoïdes : maintenir l’équilibre d’une machine bipède.
Calvin reprend une partie de cette expertise. Sa première version, Calvin-40, aurait même été développée en seulement 40 jours, selon Wandercraft.
Renault est même entré au capital de Wandercraft
Le rapprochement entre les deux sociétés est allé beaucoup plus loin qu’un simple achat de robots.
En juin 2025, Renault Group a annoncé avoir pris une participation minoritaire dans Wandercraft. En parallèle, les deux entreprises ont signé un partenariat pour développer ensemble une famille de robots destinée, dans un premier temps, aux activités industrielles du constructeur automobile.
Renault apporte notamment son expérience de la production en grande série et de la réduction des coûts industriels. Wandercraft fournit de son côté ses technologies liées aux exosquelettes, à la marche bipède et à la robotique.
Le développement de Calvin suit même une méthode proche de celle utilisée pour une automobile. Renault définit les besoins et les usages, tandis que Wandercraft adapte la machine.
Avant son arrivée à Douai, l’environnement de l’atelier des roues a ainsi été reconstitué au centre d’innovation Renault de Flins afin que les ingénieurs puissent préparer le robot. Les équipes continuent ensuite à modifier très concrètement la machine, notamment la position de sa caméra, la longueur de ses jambes ou ses logiciels.
Renault veut 350 robots humanoïdes fin 2027
Calvin reste aujourd’hui en phase de mise au point. Renault reconnaît d’ailleurs que deux difficultés importantes subsistent : obtenir une fiabilité suffisante et intégrer le robot dans un environnement industriel fonctionnant à cadence élevée.
Le constructeur prévoit néanmoins d’accélérer rapidement.
Sa feuille de route prévoit environ dix robots déployés d’ici à la fin 2026, avant de passer à 350 exemplaires dans ses usines françaises et espagnoles d’ici à la fin 2027.
Les pneus ne constituent donc qu’une première étape. Renault envisage déjà des tâches plus complexes dans les ateliers de tôlerie ou de peinture. Wandercraft travaille également sur la manipulation de caisses, le déplacement de pièces entre différents postes ainsi que sur des opérations nécessitant davantage de précision.
Des robots pour remplacer les ouvriers ?
L’arrivée de centaines de robots humanoïdes pose évidemment la question de l’emploi.
Sur ce point, Renault présente Calvin comme un complément aux opérateurs plutôt que comme leur remplaçant. Le constructeur souhaite en priorité automatiser les tâches physiquement pénibles ou répétitives afin de laisser aux salariés les opérations nécessitant davantage de dextérité, d’expérience ou de prise de décision.
L’argument devra toutefois être confronté à la réalité lorsque plusieurs centaines de machines commenceront effectivement à circuler dans les usines.
Car Calvin symbolise surtout une évolution importante de la robotique industrielle. Jusqu’ici, les machines étaient généralement installées autour de l’usine. Désormais, les industriels tentent de concevoir des robots capables de s’adapter à l’usine telle qu’elle existe déjà.






