La mensualisation facilite la gestion du budget, mais elle ne garantit pas que les sommes prélevées couvrent votre consommation réelle. Un écart accumulé pendant plusieurs mois peut provoquer une régularisation particulièrement salée.

Compteur électrique et facture d’énergie consultée à domicile
Suivre sa consommation et ajuster ses mensualités permet d’anticiper la facture de régularisation.

Payer exactement la même somme d’électricité ou de gaz chaque mois peut donner l’impression que le budget est parfaitement maîtrisé. Pourtant, la mensualité prélevée par le fournisseur ne correspond pas toujours à la consommation réelle du foyer.

Elle repose généralement sur une estimation annuelle, ensuite divisée en plusieurs échéances. Lorsque cette estimation se révèle trop basse, la différence ne disparaît pas. Elle s’accumule jusqu’à la facture de régularisation.

C’est ainsi qu’un foyer peut recevoir une demande de paiement de plusieurs centaines d’euros, alors même que toutes ses mensualités ont été réglées.

La mensualisation ne correspond pas à la consommation du mois

Avec une facturation mensuelle classique au réel, le consommateur paie chaque mois l’énergie effectivement utilisée. Les factures peuvent alors être beaucoup plus élevées en hiver qu’en été, notamment dans un logement chauffé à l’électricité ou au gaz.

La mensualisation fonctionne différemment. Le fournisseur estime le coût total de l’énergie consommée pendant une année, puis répartit ce montant sur dix, onze ou douze prélèvements.

Une consommation annuelle estimée à 1320 euros pourra, par exemple, donner lieu à onze mensualités de 120 euros. Une facture de régularisation sera ensuite établie pour comparer les sommes versées à la consommation réellement enregistrée.

La mensualisation ne constitue donc pas une réduction du prix de l’énergie. Elle permet seulement de lisser les dépenses sur l’année. Le Médiateur national de l’énergie rappelle d’ailleurs que certains fournisseurs proposent aussi une facturation mensuelle au réel avec les compteurs Linky ou Gazpar, mais sans lissage saisonnier.

Pourquoi la facture de régularisation peut-elle être si élevée ?

Le montant des mensualités est généralement calculé à partir de la consommation passée du logement. Lors d’un emménagement, le fournisseur peut aussi se baser sur les caractéristiques de l’habitation, le nombre d’occupants et les équipements déclarés.

Cette estimation peut néanmoins devenir rapidement obsolète.

Un hiver plus froid, une présence plus importante à la maison, l’installation d’un nouvel appareil ou une hausse du nombre d’occupants peuvent faire progresser la consommation. Un chauffage mal réglé, un ballon d’eau chaude défaillant ou un appareil particulièrement énergivore peuvent également creuser l’écart.

Le fournisseur continue pourtant de prélever la mensualité prévue par l’échéancier. Le manque à payer augmente alors discrètement chaque mois.

Prenons un foyer ayant versé onze mensualités de 100 euros, soit 1100 euros sur l’année. Si sa consommation réelle atteint finalement 1350 euros, il lui restera 250 euros à régler en une seule fois.

La régularisation paraît brutale, mais elle correspond à une consommation déjà effectuée et insuffisamment couverte par les mensualités.

Une hausse des mensualités n’est pas forcément une mauvaise nouvelle

Recevoir un message de son fournisseur annonçant une augmentation de l’échéancier est rarement agréable. Pourtant, ce réajustement peut éviter une régularisation beaucoup plus difficile à supporter.

Si le fournisseur détecte en cours d’année que la consommation dépasse les prévisions, il peut proposer d’augmenter les prélèvements mensuels. Passer de 100 à 120 euros pendant plusieurs mois permet de répartir progressivement le supplément.

Refuser systématiquement cette hausse revient parfois à repousser le paiement jusqu’à la facture annuelle.

Il faut néanmoins vérifier que la nouvelle estimation repose bien sur des index réels et non sur une simple projection. Une consommation anormalement élevée peut aussi révéler une erreur de relevé, un équipement défectueux ou une modification tarifaire mal comprise.

Linky et Gazpar permettent-ils d’éviter les régularisations ?

Les compteurs communicants facilitent le suivi de la consommation réelle. Les données peuvent être transmises automatiquement au gestionnaire du réseau, puis au fournisseur.

Ils réduisent ainsi le risque qu’une facture repose pendant trop longtemps sur des estimations.

Ils n’empêchent toutefois pas nécessairement une régularisation lorsque le contrat reste mensualisé. Même si le fournisseur connaît la consommation réelle, l’échéancier peut conserver un montant fixe pendant plusieurs mois.

Le consommateur doit donc consulter régulièrement son espace client ou les outils proposés par Enedis, GRDF ou son fournisseur. Une progression inhabituelle de la consommation doit être examinée sans attendre la facture annuelle.

Dans un logement chauffé à l’électricité, il est particulièrement utile de comparer les consommations d’un mois avec celles enregistrées à la même période l’année précédente.

Comment anticiper une régularisation importante ?

Le premier réflexe consiste à vérifier que les index présents sur les factures correspondent bien aux données du compteur.

En l’absence de compteur communicant, une auto-relève régulière permet de remplacer une consommation estimée par une donnée réelle. La facture doit d’ailleurs préciser si les index sont estimés, relevés ou transmis par le client.

Il faut ensuite comparer le coût de la consommation enregistrée avec les mensualités déjà versées. Certains espaces clients indiquent directement si l’échéancier est en avance ou en retard.

Si la consommation réelle dépasse nettement la prévision, mieux vaut demander une révision des mensualités. Une hausse limitée répartie sur six mois sera généralement plus facile à absorber qu’un rattrapage concentré sur une seule facture.

Il est également possible de mettre de côté chaque mois une petite somme lorsque l’échéancier semble sous-estimé, notamment après un hiver rigoureux.

Il faut vérifier l’échéancier après chaque changement important

La mensualité doit être réévaluée lorsqu’un événement modifie durablement la consommation du logement.

Cela peut être le cas après :

  • l’installation d’une pompe à chaleur ou d’une climatisation ;
  • le remplacement d’une chaudière ;
  • l’achat d’un véhicule électrique rechargé à domicile ;
  • l’arrivée d’un nouvel occupant ;
  • le passage au télétravail ;
  • l’installation d’un chauffe-eau électrique ;
  • l’agrandissement du logement.

À l’inverse, des travaux d’isolation ou le remplacement d’un appareil ancien peuvent réduire fortement la consommation. Un échéancier trop élevé entraîne alors un trop-perçu et immobilise inutilement une partie du budget du foyer.

Que se passe-t-il lorsque le fournisseur vous doit de l’argent ?

Si les mensualités versées dépassent le montant réellement consommé, la facture de régularisation présente un solde en faveur du client.

Lorsque le trop-perçu est supérieur à 25 euros, il doit normalement être remboursé dans un délai de quinze jours à compter de l’émission de la facture ou de la demande du client. Lorsqu’il est inférieur à ce seuil, il peut être déduit de la facture suivante, sauf demande de remboursement.

Une régularisation créditeur importante et répétée indique souvent que les mensualités sont trop élevées. Il est alors préférable de demander une diminution de l’échéancier plutôt que d’attendre chaque année le remboursement.

Le fournisseur peut-il réclamer plusieurs années de consommation ?

La facturation rétroactive de l’énergie est encadrée.

En principe, un fournisseur ne peut pas réclamer une consommation d’électricité ou de gaz datant de plus de quatorze mois avant le dernier relevé ou la dernière auto-relève.

Des exceptions existent notamment lorsque le gestionnaire n’a pas pu accéder au compteur, lorsque le consommateur n’a pas transmis son index malgré une demande formelle ou en cas de fraude.

Lorsqu’une régularisation porte sur une période particulièrement longue, il faut donc vérifier les dates, les index et la nature réelle ou estimée des consommations facturées.

Que faire si la facture paraît anormale ?

Une facture de régularisation très élevée doit être examinée avant d’être considérée comme normale.

Il faut contrôler :

  • la période facturée ;
  • les anciens et nouveaux index ;
  • le caractère réel ou estimé du relevé ;
  • le prix du kilowattheure appliqué ;
  • les éventuels changements de tarif ;
  • les mensualités déjà payées ;
  • les taxes et l’abonnement.

Une erreur de relevé peut parfois ajouter plusieurs milliers de kilowattheures à la consommation. Il convient alors de photographier le compteur et de contacter rapidement le fournisseur.

Une forte consommation réelle peut également provenir d’un chauffe-eau fonctionnant en continu, d’un chauffage mal régulé, d’une résistance électrique défectueuse ou d’un appareil laissé en fonctionnement.

En cas de difficulté de paiement, le consommateur peut demander un échéancier au fournisseur. Des aides, notamment celles du Fonds de solidarité pour le logement, peuvent aussi prendre en charge certaines dettes liées à l’électricité ou au gaz sous conditions.

Le bon moment pour contrôler ses mensualités

Il ne faut pas attendre la réception de la régularisation pour examiner son échéancier.

Pour un logement chauffé, un premier contrôle peut être effectué au milieu de l’hiver. Il permet de repérer rapidement une consommation supérieure aux prévisions.

Une nouvelle vérification à la sortie de la période de chauffe donne ensuite une vision plus fiable de la consommation annuelle. Les mois de mars, avril et mai sont donc particulièrement adaptés pour ajuster les prélèvements avant une régularisation estivale ou automnale.

La mensualisation reste un moyen pratique de lisser les dépenses énergétiques. Elle devient toutefois trompeuse lorsqu’elle est assimilée à une facturation réelle.

La meilleure protection contre une régularisation douloureuse consiste finalement à suivre les index, comparer régulièrement les consommations et modifier l’échéancier dès qu’un écart apparaît.