Explosions, fumées épaisses, chaînes de tri à l’arrêt : en France, les incendies se multiplient dans les centres de traitement des déchets, souvent à cause d’une simple pile ou d’une batterie jetée dans la mauvaise poubelle. Vapoteuse, jouet d’enfant, brosse à dents électrique… derrière ces objets du quotidien se cache un risque bien réel, mais un geste très simple permet de l’éviter.

Montagne de déchets dans un centre de tri illustrant les risques liés aux mauvais gestes de tri
Montagne de déchets dans un centre de tri, où une simple pile ou batterie mal jetée peut provoquer un incendie et perturber tout le recyclage. © Pexels / Pixabay

Des explosions à répétition dans les centres de tri

Dans un centre de tri du Var, la scène se répète en moyenne trois à quatre fois par semaine : une explosion soudaine, suivie d’un départ de feu sur la chaîne de tri. À l’origine, ni produit chimique spectaculaire ni bidon d’essence, mais une simple pile ou une batterie au lithium dissimulée dans un sac d’ordures ménagères.

Tout commence à l’ouverture des sacs, lorsque les déchets passent dans un puissant broyeur. Sous l’effet des chocs, les piles, batteries ou accumulateurs peuvent se fissurer, s’échauffer et s’enflammer en quelques secondes. Le feu prend alors sur le tapis de tri, au milieu du papier, du plastique et du carton, tous hautement inflammables.

Face à ce risque, le site est équipé d’un système de sécurité impressionnant : dès qu’un départ de feu est détecté, un véritable « déluge » arrose massivement le broyeur et les tapis de convoyage pour étouffer les flammes. L’incendie est généralement maîtrisé, mais les conséquences restent lourdes pour l’installation.

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Un risque réel pour les employés et le recyclage

Ces départs de feu ne sont jamais anodins pour les équipes sur place. Les opérateurs travaillent à proximité immédiate des tapis de tri et des broyeurs et se retrouvent exposés à la chaleur, aux fumées et parfois aux projections. Même avec des procédures de sécurité strictes, chaque incident représente un danger potentiel pour les salariés.

À chaque incendie, la chaîne doit être arrêtée, le temps de sécuriser la zone, de vérifier le matériel et de nettoyer les installations. Cela peut immobiliser le centre pendant plusieurs heures, voire davantage en cas de dégâts. De leur côté, les déchets touchés par le feu ou abondamment détrempés par l’eau deviennent beaucoup plus difficiles à valoriser et une partie d’entre eux finit parfois en élimination, faute de pouvoir être correctement recyclée.

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Le danger commence dès le camion-benne

Le risque ne se limite pas à l’enceinte des centres de tri. Il peut apparaître bien plus tôt, dès la collecte des poubelles. À l’arrière des camions-bennes, les éboueurs compactent chaque jour des tonnes de déchets ménagers, sans visibilité sur ce qui se trouve réellement dans les sacs.

Certains agents rapportent des départs de feu directement dans la benne, provoqués par des batteries, des feux de détresse ou d’autres objets à pile jetés avec le tout-venant. Une fois comprimés avec les autres déchets, ces objets peuvent se déformer, s’échauffer et s’enflammer. Dans un espace confiné, au milieu de matières très combustibles, l’incendie peut prendre très vite et mettre en danger les équipes sur la tournée.

Vapoteuses, jouets, brosses à dents… les faux innocents

On pense souvent aux batteries de téléphones ou aux gros appareils électroniques, mais le problème est bien plus large. De nombreux produits du quotidien contiennent une pile ou une batterie, parfois très discrète : vapoteuses, brosses à dents électriques, jouets pour enfants, livres interactifs, petits objets lumineux ou sonores, gadgets électroniques bon marché, appareils cassés que l’on jette sans réfléchir.

Souvent, ces batteries sont encastrées dans du plastique ou noyées dans la structure de l’objet. Résultat : on ne les voit pas, on ne pense pas à les retirer, et l’objet finit dans le sac poubelle avec les déchets ménagers classiques. Dans les centres de tri, ces batteries cachées sont plus difficiles à détecter et augmentent mécaniquement le risque d’incendie lorsqu’elles passent dans les broyeurs ou subissent des chocs.

Comment bien jeter piles et batteries ?

Tri des piles usagées dans un bac de recyclage en grande surface
Tri des piles et batteries usagées dans un bac de collecte dédié en magasin, pour éviter les incendies en centre de tri et permettre un recyclage sécurisé. © planet_fox / Pixabay

Heureusement, il existe un indice simple pour éviter ces erreurs : la fameuse poubelle barrée. Ce pictogramme, présent sur une grande partie des appareils électriques, électroniques, piles jetables, piles rechargeables et batteries, signifie que le produit ne doit pas être jeté avec les ordures ménagères. Il doit faire l’objet d’une collecte séparée afin d’être traité dans une filière adaptée.

Une règle facile à retenir peut guider tous les gestes du quotidien : si un objet se recharge, fonctionne sur pile ou sur batterie, il n’a rien à faire dans la poubelle classique. Même s’il est petit, même s’il est cassé, même s’il semble anodin.

La solution est simple et gratuite. À l’entrée des grandes surfaces, des magasins de bricolage et de nombreuses enseignes spécialisées, des bacs de collecte sont mis à disposition pour récupérer piles, batteries, petites électroniques et appareils usagés. Il est également possible de les déposer en déchetterie, où ils seront orientés vers les bons circuits.

Une fois collectés, ces déchets sont envoyés dans des centres de recyclage spécialisés, équipés pour les manipuler en toute sécurité. Les matériaux qu’ils contiennent – métaux, plastiques, parfois terres rares – peuvent être en partie récupérés et réutilisés dans de nouveaux produits. Un simple geste de tri permet ainsi d’éviter des incendies, de protéger les travailleurs et de préserver les ressources.