Les premières générations de panneaux solaires arrivent en fin de vie. En 2026, le recyclage photovoltaïque s'impose comme une priorité industrielle et environnementale.

Deux individus en train de poser des panneaux solaires
Le marché mondial du recyclage des panneaux solaires pesait 170 millions de dollars en 2023. Crédit photo : Ricardo Gomez Angel – Unsplash.com

Le parc photovoltaïque mondial a connu une croissance fulgurante au cours de ces dernières années, dépassant 1,3 milliard de panneaux solaires installés en 2023. Avec des modules ayant une durée de vie moyenne entre 25 et 30 ans, une vague massive de démantèlement se profile. Les prévisions sont sans appel. Selon un rapport de la Task 12 de l’IEA-PVPS (Programme international de collaboration technologique de l’Agence internationale de l’énergie), en l’absence de mesures de gestion rigoureuses, le volume mondial des déchets solaires pourrait dépasser 78 millions de tonnes d’ici 2050. Colossal ? Oui. Mais c’est aussi une opportunité. En effet, on ne recycle pas juste pour préserver l’environnement. La plupart des pays le font également pour sécuriser leur approvisionnement en matières premières.

L’Europe et la France, pionnières en la matière

Le Vieux Continent est considéré comme un exemple à suivre en matière de recyclage des déchets solaires grâce à ses efforts encadrés par une réglementation stricte. La directive DEEE (Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques) impose notamment depuis plusieurs années des objectifs ambitieux. Parmi eux, on peut citer l’instauration en 2018 de mesures visant à garantir un taux de recyclage et de réutilisation des composants d’au moins 80% — et jusqu’à 85% de valorisation de la masse collectée. En 2026, bien que tous les pays membres ne suivent pas encore pleinement ces exigences, des nations comme la France, l’Allemagne et l’Espagne affichent des performances exemplaires.

En France, la filière est structurée autour de Soren (anciennement PV Cycle). Selon les données officielles de l’éco-organisme, notre pays affiche un taux de recyclage de 94,7% du poids des panneaux collectés. Et la dynamique s’accélère : en 2024, Soren a collecté 9 477 tonnes de panneaux photovoltaïques usagés, soit près du double de 2023 (5 207 tonnes), une hausse de 82% en un an. La France s’est également dotée, dès 2023, de la première usine au monde capable de recycler intégralement les panneaux solaires, portée par ROSI Solar dans les Alpes.

Qu’en est-il des processus techniques ?

Recyclage de panneaux solaires avec symbole de recyclage illustrant la valorisation des composants photovoltaïques
Le recyclage des panneaux solaires permet d’isoler et de valoriser chaque composant, avec une empreinte carbone limitée à 20 à 40 g de CO₂/kWh sur l’ensemble du cycle de vie.

Le recyclage des panneaux solaires est une opération multi-étapes dont le but est d’isoler chaque composant. Il faut savoir qu’au cours de son cycle de vie (fabrication, transport, utilisation et retrait), un module photovoltaïque ne génère que 20 à 40 g de CO₂/kWh. C’est bien en dessous d’une centrale à charbon qui émet près de 820 g de CO₂/kWh. Mais en recyclant, on cherche à augmenter davantage les bénéfices environnementaux et économiques. D’où l’avènement de procédés de plus en plus performants et moins coûteux. Quoi qu’il en soit, les étapes se déroulent généralement de la manière suivante :

Le démantèlement du cadre

La première étape consiste à retirer le cadre en aluminium, qui représente une part importante du poids. Ce métal est recyclable à presque 100% par simple fusion.

L’extraction du verre

Constituant environ 75% de la masse totale d’un module photovoltaïque, le verre est broyé et purifié. Il peut être réinjecté dans la fabrication de nouveaux panneaux solaires ou utilisé dans d’autres secteurs industriels (isolation, emballages, etc.).

Le traitement des cellules

C’est l’étape la plus complexe. Les cellules photovoltaïques (3% du poids) subissent des traitements chimiques ou thermiques pour séparer le silicium des métaux lourds.

La récupération des métaux rares

Les métaux comme l’argent, le cuivre ou l’étain sont extraits. Bien que présents en infimes quantités, leur valeur économique est très élevée. D’ailleurs, leur réutilisation permet de réduire la dépendance aux ressources naturelles qui sont de plus en plus rares.

Un marché prometteur

Le marché mondial du recyclage des panneaux solaires pesait 170 millions de dollars en 2023. En 2050 ? On vise les 80 milliards de dollars. La Chine devrait probablement dominer ce secteur à l’horizon 2030. Concrètement, l’Empire du Milieu pourrait concentrer 40% de la valeur des matériaux recyclables à l’échelle mondiale, pour un montant estimé à près de 4 milliards de dollars. L’Amérique du Nord et l’Europe pourraient quant à elles se trouver en deuxième position grâce à leurs investissements massifs dans des technologies capables de récupérer jusqu’à 98% de certains composants spécifiques.

Sur le plan des ressources, le recyclage systématique des panneaux solaires pourrait, dès 2035, couvrir une part significative des besoins du secteur photovoltaïque, soit environ 8% pour le polysilicium, 11% pour l’aluminium et 21% pour l’argent, avec une couverture pouvant atteindre jusqu’à 70% de la demande mondiale en argent entre 2040 et 2050. Ce qui n’est pas négligeable !

Les défis du recyclage en 2026

Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. Le premier est d’ordre technologique. Si le recyclage des modules silicium cristallin est bien maîtrisé, celui des panneaux à couche mince (CdTe, CIGS) utilisant du cadmium reste plus complexe et coûteux — d’autant que ces technologies gagnent des parts de marché.

Le second défi est financier. Le coût du recyclage en Europe varie entre 10 et 30 euros par module. Bien que ce montant soit généralement couvert par une éco-contribution payée lors de l’achat initial, la logistique de collecte pour les installations résidentielles reste onéreuse. À titre d’illustration, en 2026, le coût de récupération du silicium (3 à 5 €/kg) dépasse encore sa valeur marchande (1 à 2 €/kg), ce qui freine la rentabilité des filières.

Enfin, le risque environnemental lié aux panneaux non traités est réel. Un module abandonné en décharge peut, à long terme, libérer des métaux lourds comme le plomb ou le cadmium, contaminant les sols et les nappes phréatiques. En France, 40% des panneaux désinstallés échappent encore aux circuits de recyclage nationaux, exportés vers des pays aux filières moins contrôlées. Afin de prévenir un tel désastre, les scientifiques s’efforcent de créer des procédés de recyclage plus efficaces et moins coûteux. L’entreprise ROSI Solar a notamment développé des technologies de recyclage à faible émission de carbone permettant de « séparer correctement les matériaux des panneaux solaires et de conserver leur pureté ».