Retour sur l'annonce d'une OPA amicale de Daniel Kretinsky sur le groupe Fnac Darty. Derrière le prix de 36 € par action se joue une bataille plus politique et culturelle, face à l’appétit du géant chinois JD.com et aux enjeux de souveraineté, de données et d’influence.
« Daniel Kretinsky a-t-il décidé de voler au secours des intérêts culturels français ? » se demande Le Monde dans un papier publié le mardi 27 janvier. On peut effectivement se poser la question tant l’OPA amicale lancée par le milliardaire tchèque sur le groupe français, dont il est également le premier actionnaire, semble vouloir faire barrage au groupe chinois JD.com, lui même sur les rangs…
Via sa holding EP Group, Daniel Kretinsky a effectivement annoncé lundi 26 janvier le lancement d’une offre publique d’achat amicale à 36 € par action, valorisant le groupe à plus d’un milliard d’euros, avec l’objectif de devenir actionnaire majoritaire sans retrait de la cote. « Le conseil d’administration de Fnac Darty a unanimement accueilli favorablement l’offre », a fait savoir l’entreprise. Et cette initiative a été favorablement accueilli par la Bourse. L’action Fnac Darty est ainsi passée de 30,15 à la clôture vendredi 23 janvier à 35,50 € le lundi 26, soit quasiment le prix proposé par EP Group.
Daniel Kretinsky lance une OPA amicale sur Fnac Darty
Un acteur culturel de premier plan
Fnac Darty pèse lourd dans les secteurs des biens culturels, de l’électronique et de l’électroménager. Le groupe qui affiche un chiffre d’affaires de 10,33 milliards d’euros (résultats non audités) comprend 30 000 salariés dans 1500 magasins dans 14 pays, dont 18 000 en France. « Fnac Darty, c’est de la souveraineté culturelle. C’est une institution culturelle française », avait déclaré l’ancien ministre de l’Economie, Eric Lombard.
Mais un patrimoine national menacé. En effet, le géant chinois de l’e-commerce a effectivement fait une offre de rachat sur le groupe allemand Ceconomy en juillet 2025 pour plus de 2,2 milliards d’euros. Via cette acquisition, toujours en cours actuellement, le groupe chinois pourrait devenir le deuxième actionnaire du distributeur français, Ceconomy détenant 21,95 % de son capital. Cette possibilité a fait grincer des dents au sein du gouvernement qui a voulu encadrer strictement l’opération, en appliquant le mécanisme du contrôle des investissements étrangers (IEF), et en demandant un engagement de non-ingérence dans la gestion et l’interdiction d’augmenter la participation au capital. Des conditions acceptées par JD.com à l’automne.
« La priorité du gouvernement demeure le maintien durable des capacités industrielles et de l’emploi sur le sol national, le développement de l’entreprise, ainsi que la préservation d’une offre culturelle de qualité », indique Bercy cité par le quotidien du soir, après l’annonce de l’OPA.
Derrière cette acquisition, se pose la question des données, des algorithmes de recommandation et du pouvoir d’influence culturelle d’un tel acteur national. « La loi loi chinoise sur le renseignement national de 2017, à la portée extraterritoriale, pourrait théoriquement obliger JD.com à transférer certaines données de Fnac Darty, qui compte près de deux millions d’abonnés et vise à doubler ce nombre d’ici 2030 », rappelait Forbes en novembre dernier.
Une OPA aux lourdes conséquences
Le rachat de Fnac Darty par Daniel Kretinsky pose en tout cas question, notamment sur le fait qu’il possède également Editis, le deuxième groupe d’édition en France. Il devra donc sans doute devoir choisir entre le distributeur et le groupe d’édition, face au risque de concentration verticale.
Fnac Darty a également annoncé ce lundi chercher un repreneur pour Nature & Découvertes, acquis en 2019. Mais les difficultés que rencontre ce spécialiste de la nature et du bien-être plombent les comptes du groupe. « Les défis rencontrés depuis plusieurs trimestres par Nature & Découvertes ont perduré malgré les initiatives mises en place pour redynamiser l’activité », a indiqué Fnac Darty dans ses résultats préliminaires publiés en même temps que l’annonce de l’OPA de Daniel Kretinsky. Les représentants du personnel se sont vus convoqués en urgence dans la foulée.
Le dépôt officiel de l’offre d’EP Group auprès de Autorité des marchés financiers est attendu avant la fin du premier trimestre 2026. L’opération restera soumise aux autorisations réglementaires habituelles ainsi qu’à la consultation des instances représentatives du personnel.
Sources : Le Monde, Capital, Challenges, Forbes











