Des opérateurs proposent de rémunérer les foyers qui laissent réduire leur chauffage lors des pics de consommation. Survoltage annonce jusqu'à 15 € par an et par équipement connecté : un maximum, pas un gain garanti. D'où vient cet argent, comment est-il calculé et que faut-il accepter en échange ?

Contrôleur de radiateur Konyks eCosy et son application` (ou selon la photo retenue)
Le contrôleur de radiateur eCosy de Konyks est compatible avec l’offre d’effacement de Survoltage (c) Konyks

Être payé pour laisser son chauffage s’interrompre quelques minutes : l’idée revient chaque hiver. Lors de la présentation de sa gamme à la presse, en octobre 2026, Konyks a mis en avant la compatibilité de son contrôleur de radiateur eCosy avec Survoltage. Selon la marque, ses clients reçoivent « entre 20 et 100 € » grâce à ce partenariat, versés deux fois par an.

Ce chiffre est à distinguer de ce qu’annonce l’opérateur, qui parle d’un montant par équipement plus modeste. Voici comment fonctionne ce mécanisme, qui paie, et ce que disent précisément l’annonce et le contrat.

L’effacement, c’est quoi ?

L’électricité se stocke mal : à chaque instant, la production doit égaler la consommation. Lors des pics, le matin et vers 19 h selon Survoltage, il faut soit produire davantage, souvent avec des centrales plus coûteuses, soit consommer moins. L’effacement consiste à réduire temporairement la consommation de certains appareils, à la demande, pour soulager le réseau.

Un seul radiateur ne pèse rien à l’échelle du pays. Des sociétés spécialisées, appelées opérateurs d’effacement, regroupent donc des milliers d’équipements chez les particuliers et les pilotent en même temps. Ils ciblent surtout le chauffage électrique, en affirmant que de courtes coupures n’altèrent pas le confort. Dans un logement mal isolé, la baisse de température peut toutefois se sentir plus vite.

Qui paie, et pourquoi ?

L’argent vient du système électrique lui-même. Les opérateurs vendent ces baisses de consommation sur plusieurs débouchés encadrés par RTE, le gestionnaire du réseau de transport : le marché de l’énergie, où un effacement peut être vendu, le mécanisme d’ajustement, qui sert à rééquilibrer le réseau en temps réel, et le mécanisme de capacité, qui rémunère la disponibilité lors des périodes de tension.

L’État soutient aussi cette filière par un appel d’offres effacement, organisé par RTE. Il apporte aux lauréats une rémunération complémentaire à celle du mécanisme de capacité. L’opérateur touche ces revenus, puis décide de ce qu’il en reverse au foyer : une somme d’argent, un équipement moins cher ou un service gratuit.

Survoltage : jusqu’à 15 € par équipement et par an, selon l’opérateur

Survoltage, qui se présente comme un opérateur d’effacement agréé par RTE, a choisi de payer directement les particuliers. Son offre Liberté est gratuite et sans engagement. Elle accepte des équipements de plusieurs marques, dont Heatzy, Legrand et Netatmo, Schneider Electric et Konyks. Il faut une résidence principale, un compteur Linky géré par Enedis et une connexion Internet.

La page commerciale de Survoltage annonce jusqu’à 15 € par an et par équipement connecté, avec une limite de 200 € par an. Les conditions particulières de l’offre, elles, calculent l’indemnité à partir de la puissance moyenne constatée pendant les effacements. Nous n’avons pas pu vérifier comment l’annonce par équipement s’articule exactement avec cette formule. Les deux ne doivent donc pas être confondues.

Encadré : ce que disent l’annonce et le contrat

  • L’annonce commerciale : jusqu’à 15 € par an et par équipement connecté, dans la limite de 200 € par an. C’est un maximum, pas un montant garanti.
  • La formule du contrat : indemnité = 10 € x E, E étant la puissance moyenne constatée, en kilowatts, lors des effacements du semestre écoulé. Un équipement déconnecté ou hors tension pendant un effacement prévu compte pour zéro dans cette moyenne.
  • Le seuil de paiement : les sommes sont créditées sur une cagnotte de points EWATT, convertibles en euros, et le montant minimum de paiement est de 15 €. En dessous, les gains s’accumulent jusqu’à atteindre ce seuil.
  • Le calendrier : crédit au plus tard le 15 mai et le 15 janvier. Les effacements ne sont comptés qu’à partir du premier jour du mois suivant la validation de l’équipement, ou du mois d’après si elle intervient moins de 10 jours ouvrés avant la fin du mois.

Dans un exemple purement arithmétique, une puissance moyenne retenue de 0,75 kW donnerait 7,50 € pour un semestre. Obtenir 15 € sur l’année supposerait notamment de retrouver cette valeur sur deux semestres : ce n’est pas une prévision pour un radiateur donné.

Le premier paiement dépend du moment où la cagnotte atteint 15 €, de la date d’activation et des échéances prévues par les conditions. Avec un seul équipement, ce délai ne peut pas être prévu à l’avance. Une résiliation en cours de semestre fait perdre les gains du semestre en cours.

Côté confort, Survoltage annonce des coupures de dix minutes au maximum. Ses conditions particulières autorisent toutefois jusqu’à quatre heures de désactivation par jour et par équipement. L’utilisateur peut relancer un radiateur à tout moment, ce qui interrompt l’effacement en cours ; selon Survoltage, il ne cumule alors simplement pas de gain pour cette action.

Le « 20 à 100 € » de Konyks, un chiffre sans justificatif publié

Konyks n’a pas fourni de données permettant de vérifier la fourchette de 20 à 100 € citée en conférence : ni nombre de clients, ni période, ni méthode de calcul. Elle ne doit pas être interprétée comme un revenu garanti par boîtier.

Côté matériel, un eCosy est vendu 49,90 € sur le site de Konyks. Avec l’hypothèse de 15 € chaque année, soit le maximum annoncé, 49,90 € correspondent à environ trois ans et quatre mois de rémunération brute, hors consommation du boîtier, installation et calendrier des paiements. Ce calcul ne garantit pas le remboursement du matériel.

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Thermopilot : un eCosy à 9,90 €, mais trois ans d’engagement

Survoltage et Konyks ont aussi proposé une autre formule, Thermopilot. Le principe est inversé : pas de versement, mais des eCosy à 9,90 € l’unité, en échange d’un engagement de trois ans à laisser Survoltage effacer ses radiateurs. L’offre était réservée aux propriétaires d’une résidence principale chauffée à l’électricité, avec au moins deux radiateurs et un compteur Linky.

Les conditions prévoient des pénalités en cas de départ anticipé : l’utilisateur rembourse toute la remise s’il résilie avant le treizième mois, deux tiers jusqu’au vingt-quatrième, un tiers ensuite. Après une résiliation anticipée, l’eCosy ne peut être utilisé indépendamment du service qu’une fois cette pénalité réglée. Les conditions excluent aussi tout engagement parallèle avec un autre opérateur d’effacement ou une offre d’effacement de son fournisseur. Le 23 octobre 2026, la page de l’offre indiquait qu’elle était en pause, sans date de reprise confirmée.

Voltalis : gratuit, mais rien n’est reversé

Voltalis, présent dans plus de 250 000 foyers selon l’entreprise, applique un troisième modèle. Ses boîtiers et leur installation par un technicien sont gratuits, tout comme l’application de suivi. En échange, ses conditions générales prévoient que l’utilisateur renonce, au profit de Voltalis, aux droits liés à la valorisation de l’effacement. Le foyer ne touche donc aucune rémunération directe. Le contrat court sur 36 mois, reconductibles tacitement.

Ce modèle tient tant que l’opérateur reste solide. Les clients de Mon Pilotage Elec, le service gratuit d’Engie opéré par la société Tiko, l’ont appris à leurs dépens en mars 2026, quand Engie a annoncé la fin du service.

Les offres des fournisseurs : l’exemple d’EDF Tempo

Certaines offres d’électricité intègrent une forme d’effacement dans le prix. Avec l’option Tempo d’EDF, le prix de l’électricité est avantageux 343 jours par an, selon EDF. En contrepartie, pendant 22 jours rouges répartis entre le 1er novembre et le 31 mars, le kilowattheure en heures pleines coûte jusqu’à 3,5 fois plus cher que celui des heures pleines de l’option Heures creuses du tarif réglementé, d’après la même source. Personne ne coupe le chauffage à la place de l’abonné : c’est à lui de réduire sa consommation, à la main ou avec un boîtier comme le GP 41 Tempo de Delta Dore.

L’intérêt de Tempo dépend donc de la capacité du foyer à déplacer ou réduire sa consommation pendant les heures pleines des jours rouges. Les abonnés Tempo qui envisagent une offre d’effacement ont intérêt à vérifier auprès de l’opérateur que les deux sont compatibles.

Un bonus, pas une source d’économies

L’effacement rémunéré reste un complément. Survoltage annonce au plus 15 € par an et par équipement, sans garantie, et ne paie qu’à partir de 15 € cumulés. La température de consigne reste un levier direct sur la facture : selon l’ADEME, chaque degré en moins représente en moyenne 7 % d’économies d’énergie sur le chauffage. Notre guide pour rendre connecté un vieux radiateur électrique présente les solutions pour programmer son chauffage.

Lire aussi : Fin de Mon Pilotage Elec : le secret derrière la décision d’Engie

Sources : Survoltage (offre Liberté), conditions particulières Liberté, conditions particulières Thermopilot, RTE, Voltalis, EDF et ADEME.