Au CES 2026, la startup nord‑américaine Eli Health promet de mesurer testostérone, progestérone et cortisol avec un simple bâtonnet de salive et un smartphone. Une innovation dans la lignée de la « mesure de soi » hormonale, qui pose toutefois des questions très concrètes en France, où les tests salivaires sont strictement encadrés et où la testostérone reste un traitement réservé à des situations bien précises, sous étroite surveillance médicale.
Suivre sa testostérone, sa progestérone ou son cortisol… avec un simple bâtonnet, son smartphone et un peu de salive. C’est la promesse d’Eli Health, startup nord‑américaine qui revient au CES 2026 avec de nouveaux tests hormonaux à domicile, toujours basés sur son dispositif Hormometer. Reste une question clé : s’agit‑il d’une révolution pour la santé, ou d’un gadget de plus dans le grand bain ?
Du cortisol à la testostérone : ce que propose Eli Health
L’année dernière, Eli Health avait présenté Hormometer comme un test salivaire connecté capable de mesurer le cortisol à domicile en une vingtaine de minutes, grâce à une cartouche fine à placer dans la bouche puis à analyser via l’app mobile et l’appareil photo du smartphone. En 2026, la plateforme s’enrichit de deux nouveaux dosages : la testostérone et la progestérone, toujours à partir de salive et toujours avec le même kit.
Concrètement, l’utilisateur place le stick dans la bouche pendant environ 60 secondes, lance le test dans l’application, puis attend que l’algorithme traite la réaction chimique à l’aide de la caméra pour délivrer un résultat en moins d’une demi‑heure. Eli Health annonce un prix d’entrée d’environ 8,25 dollars par test, ce qui positionne Hormometer comme un outil de suivi régulier plutôt que comme un examen ponctuel coûteux à la façon d’une prise de sang en laboratoire.
Salive vs prise de sang : un changement de paradigme… et des limites
Le pari d’Eli Health repose sur le salivaire, présenté comme plus pratique, moins invasif et plus simple à intégrer dans le quotidien qu’une prise de sang ou une collecte d’urine. Autre argument mis en avant : la salive permettrait de mesurer la fraction biologiquement disponible de certains hormones, là où le sang fournit la valeur totale (liée et libre), une nuance importante pour l’interprétation physiologique.
L’entreprise met en avant une précision supérieure à 90% pour la progestérone et le cortisol par rapport aux standards de laboratoire, sur la base de validations effectuées par des acteurs tiers. En revanche, le dispositif reste pour l’instant seulement enregistré auprès de la FDA comme produit de classe I à faible risque, ce qui veut dire qu’il est catalogué comme dispositif médical sans passer par une véritable procédure complète d’autorisation, ni être reconnu comme un outil de diagnostic à part entière.
La France, déjà familière des tests salivaires
En France, Hormometer n’arrive pas sur un terrain vierge : certains tests salivaires sont déjà en train d’être intégrés au parcours de soins, mais dans un cadre très strict. L’exemple le plus parlant est Endotest, un test salivaire développé par la startup française Ziwig pour le diagnostic de l’endométriose, appuyé sur des études cliniques et soumis à l’évaluation de la Haute Autorité de santé (HAS).
Endotest a obtenu un feu vert dans le cadre du « forfait innovation », permettant une prise en charge limitée et expérimentale par l’Assurance maladie, avec un déploiement progressif et surveillé pour éviter les dérives de surdiagnostic. Cela illustre une approche typiquement française : l’ouverture aux innovations salivaires, oui, mais uniquement après un lourd travail de validation clinique, avec un usage prioritaire dans des indications ciblées et sous contrôle médical.
Autotests hormonaux : déjà bien présents en ligne
Hormometer arrive sur un marché français et européen où les autotests hormonaux à domicile se sont déjà multipliés, avec des kits salivaires ou urinaires pour la progestérone, la ménopause, le stress ou la thyroïde et des résultats accessibles en ligne après analyse en laboratoire. Pour nous, français, la différence majeure reste la place du médecin : ces autotests n’ont pas le même poids qu’un dosage réalisé sur prescription en laboratoire, et ils ne suffisent pas à eux seuls pour débuter un traitement remboursé ou modifier une prise en charge sans avis médical.
Déficit en testostérone : sujet sensible
Si Eli Health met la testostérone en avant, c’est aussi parce que le déficit en testostérone est devenu un thème vendeur dans le bien‑être masculin, avec des bilans et des traitements très mis en avant à l’international. En France, ce sujet reste sensible : un traitement ne se discute qu’en cas de vrais symptômes, avec des taux bas confirmés par des prises de sang et un bilan complet, notamment pour écarter un problème de prostate ou une maladie cardiovasculaire.
La supplémentation en testostérone n’est pas anodine : elle peut faire monter l’hématocrite et la tension, aggraver une insuffisance cardiaque ou un cancer de la prostate déjà présent, et impose donc une décision au cas par cas et une surveillance médicale régulière. Autrement dit, se baser uniquement sur un autotest ou une « norme » trouvée en ligne pour chercher plus de testostérone, c’est prendre le risque de traitements inadaptés, voire dangereux.
Ce que représente Hormometer en France
En France, Hormometer reste surtout un outil d’auto‑suivi : un moyen de visualiser certaines hormones chez soi, sans recommandation officielle ni remboursement. Cela peut aider à mieux comprendre ses variations, mais ces chiffres ne remplacent jamais un diagnostic : ils n’ont de sens médical que s’ils sont discutés avec un professionnel de santé, qui décidera éventuellement de prescrire des analyses sanguines et, si nécessaire, un traitement adapté.
En clair, suivre ses hormones avec un smartphone peut être intéressant pour mieux se connaître, mais ne doit jamais devenir la porte d’entrée vers de l’auto‑prescription de testostérone « de confort ». Toute décision de traitement doit rester strictement encadrée par un médecin, en tenant compte des bénéfices attendus et des risques pour le cœur, la prostate ou la fertilité.










