L'Anses tire la sonnette d'alarme sur la surexposition des Français au cadmium, un métal lourd toxique. Cette surexposition s'explique en grande partie par la présence de cadmium dans une diversité d'aliments du quotidien, elle-même liée à la contamination des sols agricoles où ils sont produits, explique l'agence. Comment en est-on arrivé là et que faire ?

Alimentation : l’Anses alerte sur un métal toxique présent au quotidien
Alimentation : l’Anses alerte sur un métal toxique présent au quotidien

L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) tire le signal d’alarme sur la surexposition de la population française au cadmium dans une nouvelle expertise dévoilée mercredi 25 mars. L’alimentation constitue aujourd’hui la principale source d’exposition des Français à ce métal lourd toxique dont les effets s’installent dans la durée. Une situation jugée préoccupante, d’autant qu’elle concerne l’ensemble de la population, dès le plus jeune âge.

Une substance naturellement présente dans les sols

Le cadmium n’est pas une substance artificielle à proprement parler. Il est naturellement présent dans les sols. Mais au fil des décennies, certaines activités humaines ont contribué à en augmenter les concentrations, en particulier dans les terres agricoles. C’est là que se situe le cœur du problème. Car ce métal, absorbé par les cultures, se retrouve ensuite dans l’alimentation quotidienne.

Selon les travaux de l’Anses, l’alimentation représente jusqu’à 98 % de l’exposition au cadmium chez les non-fumeurs. Ce chiffre illustre à quel point cette contamination est diffuse et intégrée dans nos habitudes alimentaires. Les aliments les plus concernés ne sont pas marginaux, bien au contraire. Il s’agit de produits largement consommés, comme les céréales du petit-déjeuner, le pain, les viennoiseries, les biscuits ou encore les pâtes, le riz et certains légumes. Même si certains produits comme le chocolat peuvent contenir davantage de cadmium, leur consommation plus occasionnelle en fait des contributeurs secondaires.

Un niveau d’exposition préoccupant

Ce qui inquiète particulièrement les autorités sanitaires, c’est le niveau d’exposition déjà observé. En 2025, près de la moitié de la population française dépasserait les valeurs sanitaires de référence. Plus préoccupant encore, cette imprégnation débute très tôt dans la vie. Or, le cadmium est un métal qui s’accumule progressivement dans l’organisme et s’élimine très lentement. La toxicité ne dépend donc pas seulement de l’exposition ponctuelle, mais de la dose cumulée au fil des années.

Les conséquences sanitaires potentielles sont bien identifiées. Le cadmium est classé comme cancérogène et toxique pour la reproduction. Une exposition prolongée peut également affecter les reins et fragiliser les os. Pour les experts, le risque est d’autant plus important que cette exposition reste silencieuse, sans effet immédiat perceptible, mais avec des impacts à long terme.

L’utilisation d’engrais minéraux phosphatés en agriculture

Pour comprendre l’origine de cette contamination, il faut remonter à la source. L’un des principaux facteurs identifiés est l’utilisation d’engrais minéraux phosphatés en agriculture. Ces fertilisants, fabriqués à partir de roches phosphatées, contiennent naturellement du cadmium. Selon leur provenance, notamment en Afrique du Nord, ces roches peuvent présenter des teneurs plus élevées. Leur utilisation répétée contribue à enrichir progressivement les sols en cadmium, qui se retrouve ensuite dans les cultures.

Face à ce constat, l’Anses insiste sur la nécessité d’agir en priorité à la source. L’agence recommande notamment d’abaisser les seuils de cadmium autorisés dans les engrais, de privilégier des matières premières moins contaminées et de développer des procédés permettant de réduire la présence du métal dans les fertilisants. Concrètement, l’agence recommande d’appliquer « dès que possible » les valeurs limites en cadmium dans les engrais minéraux phosphatés épandus sur les sols agricoles qu’elle préconisait déjà en 2019 : 20 milligrammes par kilogramme maximum contre 90 en France et 60 mg dans l’Union européenne actuellement.

Elle appelle également à faire évoluer certaines pratiques agricoles, en ajustant les apports d’engrais aux besoins réels des cultures ou en favorisant des variétés végétales moins accumulatrices. « La mise en œuvre de ces mesures suppose un engagement de l’ensemble des acteurs pour faire évoluer la réglementation, accompagner les acteurs des filières agricoles et renforcer le suivi de l’évolution dans le temps des teneurs en cadmium dans les matières fertilisantes en France », explique l’agence.

Changer l’offre alimentaire

Au-delà de ces mesures structurelles, l’Anses souligne que l’offre alimentaire elle-même doit évoluer. L’objectif est de réduire les teneurs maximales en cadmium dans les aliments les plus contributeurs, qu’ils soient produits en France ou importés.

Pour les consommateurs, les marges de manœuvre existent, même si elles restent limitées face à un problème systémique. L’agence recommande notamment de modérer la consommation de certains produits à base de blé, en particulier les produits transformés sucrés ou salés, et d’introduire davantage de légumineuses dans l’alimentation. Mais le message principal reste celui de la diversité alimentaire, considérée comme un levier essentiel pour éviter une surexposition à un contaminant donné.

Dans un contexte où les alertes sanitaires se multiplient, l’enjeu est aussi de ne pas céder à la confusion ou à l’anxiété. L’Anses rappelle que la priorité reste collective. C’est en agissant sur les pratiques agricoles, les filières et la réglementation que la contamination pourra être réduite durablement.

Reste que cette expertise met en lumière une réalité souvent invisible : celle d’une pollution diffuse, intégrée dans notre alimentation quotidienne, et dont les effets ne se mesurent qu’à long terme. Un défi de santé publique qui dépasse largement le cadre individuel et interroge en profondeur nos modes de production et de consommation.

Sources : Anses, AFP