La liquidation de Brandt, dernier grand fabricant français de gros électroménager, a laissé plus de 700 salariés sur le carreau. À Orléans, le projet de reprise porté par Metavisio–Thomson Computing et son patron Stéphan Français promet de sauver 150 emplois et de relancer l’usine autour de l’assemblage, de l’informatique et des objets connectés, mais soulève de lourds doutes sur la solidité financière du repreneur et la durabilité du plan industriel.
Le groupe d’électroménager Brandt a été placé en liquidation judiciaire mi-décembre 2025, entraînant la suppression d’environ 700 emplois et l’arrêt de ses sites industriels, notamment près d’Orléans. Quelques jours plus tard, un projet de reprise partielle a émergé autour du site de Saint-Jean-de-la-Ruelle, ravivant un mince espoir pour une partie des salariés.
Brandt : un industriel français prêt à reprendre le site d’Orléans, l’espoir renaît pour les salariés
L’offre Metavisio–Thomson Computing
L’entrepreneur Stéphan Français, à la tête de Metavisio (maison mère de Thomson Computing), propose de relancer l’usine orléanaise avec la réembauche d’environ 150 salariés sur les quelque 700 touchés par la liquidation. Le projet prévoit un redémarrage rapide du site, recentré sur l’assemblage, la R&D et la production de petit et gros électroménager, ainsi que de produits informatiques et objets connectés pour la maison, tandis que la fabrication intégrale en France serait largement abandonnée.
Selon les déclarations de Stéphan Français, l’enveloppe d’investissement annoncée est passée d’environ 25 millions d’euros à un montant compris entre 40 et 50 millions d’euros, avec l’arrivée évoquée d’un investisseur supplémentaire dont l’identité n’a pas été détaillée. L’objectif affiché est de relancer la production suffisamment vite pour préserver la valeur de la marque Brandt et rassurer distributeurs et clients.
Une solidité financière contestée
Derrière l’annonce industrielle, la capacité réelle de Metavisio à porter un tel plan suscite de nombreuses réserves, y compris chez certains acteurs du dossier et au sein des autorités publiques. La société, spécialisée dans l’import‑export de matériel informatique, afficherait une dette importante, notamment liée à des prêts garantis par l’État contractés pendant la crise du Covid, et fait face à une situation financière dégradée.
En Bourse, la capitalisation de Metavisio s’est effondrée en quelques années : le titre, coté sur Euronext Growth, se traite désormais à une fraction de centime, après avoir valu plusieurs euros lors de son introduction, ce qui reflète la défiance des marchés envers le groupe. Metavisio serait, en parallèle, engagée dans une procédure de conciliation avec certains créanciers et doit faire face à des actions en justice intentées par des actionnaires qui contestent la communication financière passée.
Entre soutien local et prudence de l’État
Politiquement, le projet bénéficie d’un appui fort du maire d’Orléans et président de la métropole, pour qui la sauvegarde d’une activité sur le site Brandt est un enjeu industriel mais aussi symbolique, à quelques mois des élections municipales. L’élu plaide pour une reprise rapide, estimant que le temps joue contre la survie des emplois, des compétences et des relations commerciales de l’usine.
À l’inverse, Bercy adopte un ton nettement plus prudent : le ministère de l’Industrie insiste sur la nécessité de garantir un avenir industriel « crédible et durable » aux sites de Brandt, et refuse de soutenir un projet jugé trop fragile ou instable sur le long terme. Les pouvoirs publics redoutent notamment le risque de voir d’éventuelles aides publiques remonter vers Metavisio pour combler ses difficultés plutôt que financer réellement la relance de l’activité à Saint‑Jean‑de‑la‑Ruelle.
Un dossier à haut risque
Le tribunal des affaires économiques doit désormais trancher sur la pertinence et la solidité de cette offre de reprise partielle, au regard des engagements sociaux, des capacités financières et du plan industriel détaillé. Pour les salariés concernés, l’enjeu est majeur : ce projet représente à la fois une perspective de maintien d’emplois et la crainte de s’engager dans une aventure insuffisamment sécurisée.
Au‑delà du seul cas Brandt, ce dossier illustre les tensions récurrentes entre la volonté politique de sauver des sites industriels emblématiques et la réalité économique de repreneurs parfois fragiles financièrement. Il pose une nouvelle fois la question des conditions dans lesquelles l’État et les collectivités doivent soutenir – ou non – des projets de reprise présentés comme la dernière chance pour des bassins d’emploi en difficulté.
Sources : Libération, Challenges et Le Monde.








