La liquidation de Brandt continue de faire des vagues. Entre la reprise des marques par Cafom, la suppression de 700 emplois et les contestations judiciaires, le dossier du fleuron français de l’électroménager n''est pas encore vraiment clos.
La page Brandt se tourne définitivement. Vendredi 13 mars, le tribunal des affaires économiques de Nanterre a tranché : les marques du groupe – Brandt, Vedette, Sauter et De Dietrich – sont reprises par le distributeur Cafom pour un montant de 18,6 millions d’euros. Une décision qui met fin aux derniers espoirs de relance industrielle en France.
Une reprise sans projet industriel
Avec cette offre, Cafom récupère avant tout les marques, les stocks et les pièces détachées. Plusieurs dizaines de milliers de produits sont concernés, dans une logique essentiellement commerciale. Une orientation assumée par les liquidateurs, dont l’objectif reste de rembourser une dette estimée à près de 200 millions d’euros.
Mais cette décision scelle aussi le sort des salariés. Près de 700 emplois sont définitivement supprimés, notamment sur les sites historiques proches d’Orléans et de Vendôme qui ne font pas partie de l’acquisition. Le principal site industriel, qui produisait fours et plaques de cuisson, employait à lui seul environ 350 personnes.
Pour les élus locaux, c’est un coup dur. La seule offre intégrant un projet industriel, soutenue notamment par la région Centre-Val de Loire, n’a pas été retenue. « C’est la disparition de Brandt qui est actée », déplore le président de région François Bonneau, évoquant la fin d’un symbole du made in France.
Pour en savoir plus , lire : Reprise de Brandt : Gladius détaille son offre, les salariés sceptiques
Une décision contestée
Mais le dossier pourrait encore connaître des rebondissements. Plusieurs candidats non retenus dénoncent désormais des « anomalies troublantes » dans la décision du tribunal.
Leur principal argument est financier : selon leur avocat, l’offre retenue serait inférieure de 2,6 millions d’euros à celle portée par ses clients. Un choix difficile à justifier, estiment-ils, au regard des intérêts des créanciers.
Des critiques visent également la procédure elle-même. Les candidats affirment n’avoir disposé que de quelques minutes pour présenter leurs projets, sans possibilité de détailler les aspects industriels de leurs offres.
Seuls le procureur et les liquidateurs ont désormais la possibilité de faire appel. Une démarche qui pourrait prolonger un dossier déjà particulièrement sensible.
Un repreneur potentiel… lui-même en difficulté
Autre élément troublant dans ce dossier : la situation de Metavisio-Thomson Computing. Ce groupe, qui s’était positionné pour reprendre le site d’Orléans avec un projet de réindustrialisation, vient d’être placé en redressement judiciaire.
L’entreprise affichait pourtant des ambitions importantes, avec la promesse de maintenir environ 150 emplois et d’investir 25 millions d’euros. Mais derrière ces annonces, la réalité financière apparaît fragile.
Metavisio traîne une dette supérieure à 25 millions d’euros et repose sur un modèle essentiellement tourné vers l’import-export, sans véritable outil industriel en France. Son projet avait déjà suscité des doutes du côté de Bercy, notamment sur la finalité réelle de la reprise.
Son placement en redressement judiciaire confirme aujourd’hui les interrogations qui entouraient cette candidature.
Pour en savoir plus, lire : Liquidation de Brandt, un projet de reprise qui interroge
Un symbole industriel qui disparaît
Au-delà des enjeux financiers et juridiques, c’est tout un pan de l’industrie française qui disparaît. Fondé il y a plus d’un siècle, Brandt incarnait l’un des derniers grands noms de l’électroménager hexagonal.
Avec cette reprise centrée sur les marques et les stocks, la dimension industrielle s’efface au profit d’une logique commerciale. Une évolution qui illustre les difficultés croissantes de la réindustrialisation en France.
Pour les anciens salariés, l’heure est désormais à la reconversion. Plusieurs centaines d’entre eux ont déjà participé à des opérations de recrutement pour tenter de retrouver un emploi.
Mais une question demeure : le dossier Brandt est-il vraiment clos, ou de nouveaux rebondissements sont-ils encore à venir ?
Sources : La Croix/AFP, France Bleu, Challenges








