Les démonstrations de robots humanoïdes sont parfois impressionnantes. Sauf que derrière ces présentations se cachent des humains équipés d'exosquelettes et de casques VR. Leur mission ? Enregistrer leurs mouvements pour entraîner l'IA des robots de demain qui seront dans nos foyers.
Derrière les démonstrations spectaculaires du CES 2026 se cache une autre réalité. Le robot humanoïde reste dépendant des humains, aussi bien pour l’apprentissage que pour le pilotage. On parle souvent des robots humanoïdes qui seront demain dans nos maisons pour s’occuper du ménage et de toutes les autres tâches ménagères. Les entreprises rivalisent d’ingéniosité en termes de marketing en nous présentant des démonstrations impressionnantes.
Nos futurs robots sont entraînés par des humains
Mais la réalité est tout autre puisque dans des bureaux de Shanghai, Pékin et d’autres métropoles chinoises, des centaines de « cyber-travailleurs » passent leur journée à effectuer des tâches ménagères. Des opérateurs dotés de combinaisons de capture de mouvements et de casques VR. Chacun de leurs gestes est enregistré avec précision. Que ce soit la rotation du poignet pour ouvrir un bocal, l’angle du coude pour essuyer une table, la pression des doigts pour saisir un vêtement.
Le gouvernement chinois a financé plus de 40 de ces centres de collecte de données, dont la moitié serait déjà opérationnelle. Ces lieux sont le cœur de la stratégie de Pékin pour bâtir une industrie robotique de pointe. La Chine estime que la collecte massive de données de mouvements est la clé pour que ces robots soient vraiment autonomes.
L’objectif est de collecter des données que l’on ne trouve pas en ligne : les mouvements au millimètre près des articulations, les rotations du corps, les ajustements de force selon les objets qui sont manipulés, etc. Ces informations sont indispensables pour que les robots humanoïdes s’adaptent aux environnements domestiques imprévisibles. Pour ces engins, un simple obstacle déplacé peut mettre en échec leurs algorithmes.
Cette stratégie de captation des données des mouvements humains n’est pas exclusive à la Chine. Tesla utilise la même méthode pour ses robots Optimus, mais à une échelle bien plus réduite. Des centres chinois recréent même des environnements complets : chaînes de montage automobiles, maisons connectées, EHPAD, etc. Les opérateurs effectuent des tâches précises pendant des heures pour créer les données nécessaires et former les robots de demain.
Les données humaines sont la clé des robots de demain
Le raisonnement est simple : les données de qualité sont le carburant de l’IA. Les robots humanoïdes ont besoin de millions de séquences de mouvements pour apprendre à évoluer dans leur environnement. Des données que l’on ne trouve pas en ligne, comme expliqué précédemment, mais qui ne peuvent pas non plus être produites de manière synthétique.
Mais l’entraînement n’est qu’une partie de l’équation. Même lorsque ces robots sont « formés », on trouve des pilotes humains dans les coulisses. Une téléopération qui constitue le secret le plus mal gardé de l’industrie des robots humanoïdes.
If there was any question that Optimus uses teleop for their robots. Here one clearly has a guy take the headset off and it falls over.
Absolutely hilarious though. pic.twitter.com/4gYVohjY00
— CIX 🦾 (@cixliv) December 8, 2025
Lors de l’événement « We, Robot » de Tesla fin 2024, les robots Optimus ont impressionné le public en s’invitant parmi les convives et en leur servant des boissons. Mais des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont vite montré la supercherie. Les robots humanoïdes étaient guidés par des téléopérateurs avec des casques VR et des contrôleurs. La chute d’un Optimus pendant une démonstration récente a renforcé les soupçons puisque dans sa chute, ses mouvements ont clairement rappelé le geste d’un téléopérateur qui retire son casque VR.
Et puis n’oublions pas la polémique de NEO, le robot domestique de 1X Technologies, annoncé au prix de 20 000 dollars. Ce modèle a fait les gros titres lors des démonstrations, jusqu’à ce qu’une journaliste du Wall Street Journal dévoile qu’une partie était téléopérée.
Faut-il croire aux démonstrations de robots humanoïdes au CES 2026 ?
Même les robots présentés au CES 2026 ne sont pas totalement autonomes. L’AgiBot A2, qui est déjà disponible avec plus de 5000 unités expédiées, a été partiellement piloté lors du salon de Las Vegas. Mais l’explication tombe sous le sens : les organisateurs souhaitent assurer une sécurité maximale dans un environnement aussi bondé.
Comme nous l’évoquions dans nos colonnes, cette dépendance à la téléopération pose des questions sur la maturité de la technologie. Il vaut mieux faire attention aux déclarations de certaines entreprises qui promettent des robots humanoïdes « entièrement autonomes » alors que leur capacité reste limitée sans humains derrière.
Malgré ces réserves, le potentiel économique est énorme. Le marché mondial des robots humanoïdes est estimé à 38 milliards de dollars d’ici 2035. Le CES 2026 a montré de vraies avancées. Le CLOiD de LG et le SwitchBot Onero H1 et leurs capacités à effectuer des tâches ménagères. Boston Dynamics a aussi confirmé que son robot Atlas serait déployé dans des usines.
Mais les faits sont là : les robots humanoïdes trouveront d’abord leur place dans des environnements contrôlés comme les usines, avant d’investir nos foyers. Les usines sont bien plus favorables qu’une cuisine familiale, où un simple animal domestique qui surgit peut mettre en échec les algorithmes du robot humanoïde.
En attendant, des milliers de cyber-travailleurs chinois continuent à plier du linge et à ouvrir des portes de micro-ondes des centaines de fois par jour. Pour le moment, la révolution des robots humanoïdes repose encore sur les épaules des humains, qu’ils les entraînent ou qu’ils les pilotent en coulisses.
Sources : Rest of the World, le Figaro











